Comment 3 citoyens ont défié la course à l’IA ?

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San Francisco, 2025. Un homme nommé Guido Reichstadter marche jusqu’au siège d’Anthropic – l’une des entreprises d’IA les plus puissantes au monde – et s’assoit par terre. Il n’est pas là pour chercher un emploi. Il n’est pas là pour pitcher une startup.

Il est là pour s’affamer.

De l’autre côté de l’océan, à Londres, Michael Trazzi, un ancien chercheur en sécurité de l’IA se rend devant les bureaux de Google DeepMind, et arrête de manger lui aussi. Bientôt, ils ne seront plus seuls…

Pourquoi ? Pourquoi ces hommes risqueraient-ils leur santé pour protester contre une technologie que la plupart des gens utilisent juste pour écrire des emails ?

Guido Reichstadter  : “C’est, en fait, une menace pour nos vies, une menace pour l’existence même de nos communautés… Nous ne devrions pas permettre que cela continue.”

Face à des entreprises valant des milliards de dollars, ils n’avaient qu’une chaise et de l’eau. Tout le monde pensait qu’ils seraient ignorés. Mais quelques semaines plus tard, le PDG de Google Deepmind a fait un aveu surprenant. Voici comment une poignée de personnes ont fait cligner des yeux les géants de la Silicon Valley.

Guido n’est pas un technophobe. Il vient du monde des mathématiques et de la physique. Pendant vingt ans, il a observé le développement de l’IA de loin, pensant que l’intelligence artificielle de niveau humain était une histoire pour le siècle prochain. Et puis, novembre 2022 est arrivé.

Guido Reichstadter  : “Ça m’a poussé à tout réévaluer, à rattraper tout ce que je n’avais pas suivi, pour finalement réaliser que — wow — tout cela suit une trajectoire exponentielle.”

Une trajectoire exponentielle qui anticipe l’arrivée d’une IA dépassant les capacités humaines aux alentours de la fin de la décennie. Michael Trazzi, lui, a compris les implications de cette trajectoire encore plus tôt. En 2016, il a vu AlphaGo de DeepMind écraser le meilleur joueur humain du monde. 

Michaël Trazzi  : “Je suis allé au Japon pendant un mois pour étudier le go avec des professionnels et là-bas tout le monde disait que ça prendrait 10 ans avant que les IA puissent battre le meilleur humain et en fait c’est arrivé deux ans après…”

Face à cette accélération, les mots ne suffisent plus. Guido réalise que la “fenêtre d’Overton” – ce qu’il est acceptable de dire en public – doit être brisée. Le 2 septembre 2025, il prend une décision radicale. Il se rend devant le siège d’Anthropic à San Francisco. Il s’assoit. Et arrête de manger pendant un jour… deux jours… trois jours…

Et là, quelque chose de remarquable se produit. Le courage, c’est contagieux.

Michaël Trazzi  : “En septembre, Guido… il poste un tweet en disant, ça fait 3 jours que je suis en grève de la fin devant les bureaux d’ Anthropique… Et je me suis dit que si lui fait ça devant Anthropique… et que je suis à côté [de] Google DeepMind… on pourrait avoir une grève de la fin qui serait mondiale.”

Quelques jours plus tard, Denys Sheremet quitte Amsterdam pour rejoindre la grève. Dès lors, tout s’accélère. Ils tiennent tête à la sécurité de Google, réussissent à faire passer une lettre à Demis Hassabis grâce à David Silver, le chercheur à la tête du programme AlphaGo. Ils ont également attiré les caméras du monde entier, de SkyNews au Monde. Ils reçoivent même le soutien de Max Tegmark, le célèbre physicien du MIT. Et ils ont accompli tout ça… sans quitter leur chaise, le ventre vide.

Michaël Trazzi  : “Une grève de la faim, c’est la chose la plus simple que tu peux faire. Parce que tout ce que tu fais, c’est que tu bois de l’eau… Mais… ton métabolisme s’adapte… et c’est un truc que je pense qu’on devrait faire plus. Si vraiment les gens, ils pensent vraiment qu’il y a une chance que l’IA puisse mener à l’extinction.”

Le risque d’extinction. C’est pour ça qu’ils s’affament. Le cœur du problème, c’est que ces systèmes ne sont pas programmés, ils sont entraînés. C’est comme élever un organisme numérique dont on ignore le fonctionnement interne. À mesure qu’on augmente la taille des modèles et la puissance de calcul, des capacités émergentes apparaissent spontanément. Nous créons quelque chose de plus puissant que nous… à l’aveugle.

Michaël Trazzi  : “On ne sait pas exactement comment ça marche… C’est un peu d’alchimie, quel paramètre à bouger là-haut là pour que cette énorme masse de neurones artificiels puisse nous parler.”

Guido Reichstadter  : “Notre intelligence est ce qui a permis à l’humanité de dominer cette planète. Et si nous créons des systèmes plus capables que nous, aptes à nous surpasser dans la quête du pouvoir, notre sort sera probablement identique à celui de toutes les espèces que nous avons nous-mêmes dominées.”

Si on ne sait pas comment ces systèmes marchent, et qu’on sait qu’ils pourraient nous dépasser au point de causer notre extinction, pourquoi ne pas simplement arrêter de les rendre plus intelligents ?

Guido Reichstadter  : “Les entreprises d’IA, les leaders du marché, ont le sentiment d’être lancées dans une course effrénée les unes contre les autres. Elles veulent mettre au point des systèmes ultra-performants le plus vite possible… Il n’y a plus de lignes rouges. Il n’y a aucune limite que ces entreprises ne seraient prêtes à franchir.”)

C’est un piège. Si Google s’arrête, OpenAI prend de l’avance. Si OpenAI freine, Anthropic accélère. C’est une fuite en avant vers une falaise. 

Michaël Trazzi  : “C’est une course effrénée, avec des investissements sur des dizaines de milliards de dollars… C’est une course pour le talent. Et c’est si ils s’arrêtent pendant deux semaines, ils sont en retard… Ils ne peuvent pas s’arrêter.” 

Et quand ce n’est pas la guerre commerciale, c’est la géopolitique qui sert d’excuse. L’argument est toujours le même : “On ne peut pas freiner, sinon la Chine prendra le contrôle du monde.”

Mais c’est ignorer le véritable problème : celui du contrôle. Que la superintelligence porte un drapeau américain ou chinois, si elle échappe à ses créateurs, le résultat est le même pour tout le monde.

C’est comme une guerre nucléaire : il n’y a pas de vainqueur. Dans l’état actuel de nos connaissances, personne ne peut gagner cette course. Et le plus glaçant… c’est que les leaders de ces laboratoires le savent pertinemment

Face à cette course suicidaire, Guido n’avait qu’un objectif : faire pression sur Dario Amodei d’Anthropic pour qu’il arrête le développement d’une IA super intelligente.

Quant à Michael et Denys, ils avaient une demande précise pour le PDG de DeepMind.

Michaël Trazzi  : “On a demandé… que Demis Hassabis, le CEO de Google DeepMind, fasse une déclaration public, en disant qu’il accepterait de s’arrêter, de faire une pause, si les autres entreprises aussi s’arrêtaient.”

Retour à Londres et San Francisco. Les jours passent. La faim et le froid s’installent. Guido, Michael, Denys commencent à douter. Les dirigeants de DeepMind et Anthropic restent murés dans le silence. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à l’intérieur des bureaux, la présence des grévistes de la faim commence à hanter les couloirs. Les employés de DeepMind les voient tous les jours. Et un matin, l’un d’eux s’approche.

Michaël Trazzi  : “On reçu une lettre des employés de DeepMind disant ‘ah merci beaucoup pour cette manif de grève de la faim, il y a eu beaucoup de discussions internes qui sont passées à cause de ça, continuez votre manif’.”

Guido Reichstadter  : “Concrètement, la seule certitude est que les PDG de ces deux entreprises ont été témoins de ces agissements… Hassabis était au courant… Dario l’était aussi.”

Michael a passé 7 jours sans nourriture. Denys a maintenu sa grève de la faim pendant 16 jours. Guido a arrêté après 30 jours. La grève s’est terminée sans promesse officielle. On aurait pu croire à un échec.

Mais quelques mois plus tard, lors du Forum de Davos, au milieu des puissants de la planète… L’incroyable s’est produit. Face à l’intensification de la concurrence entre les entreprises et la Chine, Demis Hassabis a admis souhaiter un ralentissement du développement des modèles de pointe. Son objectif : favoriser la mise en place de traités internationaux axés sur la sécurité de l’IA. Une position que Dario accepte également.

Ce n’était pas encore une victoire légale, mais c’était une victoire morale. En admettant qu’ils préféreraient ralentir, les PDG ont prouvé que cette course n’est pas inévitable. C’est un choix. Et ce choix, ils ne le feront que si notre pression devient impossible à ignorer.

Guido Reichstadter  : “Cent mille personnes décidant de s’asseoir devant le Congrès et d’entamer une grève de la faim… cela a le pouvoir de transformer la conscience de tout un pays.”

Guido, Michael et Denys ont prouvé que des citoyens ordinaires peuvent interpeller les PDG les plus puissants du monde. Mais la course fait toujours rage. Les modèles deviennent plus intelligents, et les filets de sécurité sont encore insuffisants.

Guido Reichstadter  : “Tout cela pourrait s’arrêter dès demain s’il y avait une masse critique de personnes… prêtes à exercer un pouvoir politique non violent… Il nous incombe d’agir.”

Guido fait actuellement l’objet de poursuites pour avoir mené un blocage pacifique devant les bureaux d’OpenAI. Il se dit confiant quant à l’issue du procès et espère obtenir gain de cause auprès du jury.

Michaël Trazzi  : “Chaque personne peut vraiment avoir un impact important sur le futur de l’IA.”

Voici ce que vous pouvez faire maintenant. Ne vous contentez pas de vous inquiéter. Agissez.
Un : Commentez, aimez et partagez cette vidéo.

Deux: Tenez vous au courant des campagnes menées par Pause IA via le lien : https://taap.it/TF-PauseIACampagnes. 

Trois : Passez à l’action : En quelques clics, alertez vos élus et envoyez le modèle de lettre préparé. C’est automatisé pour un minimum d’effort.

Guido Reichstadter  : “Le courage est contagieux.”

Passez à l’action : utilisez le lien :https://taap.it/TF-PauseIACampagnes  pour interpeller vos élus et envoyez le modèle de lettre préparé, c’est très facile. Ne sous-estimez pas l’impact de cette démarche : les politiques se soucient de ce que pensent leurs citoyens. Un mail est une goutte d’eau, l’effet de masse, lui, est un véritable levier de pression.

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