Vers une biosphère sans souffrance inutile ?

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La vie est faite de plaisir, mais aussi de beaucoup de souffrance. Crises climatiques, guerres, extinctions, mal-être psychique…
Le futur est souvent dépeint comme un film catastrophe.

Et si, au contraire, le XXIᵉ siècle devenait le moment où l’humanité décide consciemment de réduire la souffrance, chez elle-même et dans toute la biosphère ?
Non pas par la magie, mais par la science, l’éthique et une responsabilité assumée envers tous les êtres sensibles.

Partir de la réalité

Commençons par regarder le monde en face.

Des milliards d’humains vivent encore avec des douleurs chroniques, des troubles psychiques, des traumatismes que nos outils médicaux ne savent soulager qu’imparfaitement.

Des dizaines de milliards d’animaux sont élevés et tués chaque année dans des élevages industriels, alors même que nous savons produire des protéines autrement.

Et, loin des caméras, la nature sauvage est loin d’être un paradis. La plupart des animaux naissent et meurent très jeunes, de faim, de maladie ou de prédation.
La sélection naturelle ne vise pas le bonheur, elle permet seulement la reproduction. (Cambridge Core)

Reconnaître cette réalité, ce n’est pas être catastrophiste.
C’est poser un diagnostic lucide : la souffrance est partout. Pourtant, elle est un problème d’ingénierie biologique et sociale.

La révolution bio-technologique a déjà commencé

Pour la première fois de l’histoire, nous commençons à comprendre les mécanismes fins de cette souffrance.

Avec l’édition du génome – CRISPR et ses dérivés – nous disposons d’outils capables de modifier de façon ciblée l’ADN d’un organisme, gène par gène. (Cell)
Ces “ciseaux moléculaires” sont déjà testés pour corriger des maladies génétiques rares chez l’enfant, avec des premiers succès prometteurs. (Le Monde.fr)

Nous connaissons aussi des cas extrêmes, comme celui de personnes presque insensibles à la douleur et dotées d’un moral étonnamment stable, grâce à des mutations dans des gènes qui régulent
les molécules de la félicité dans le cerveau. (PubMed)
Ces exceptions nous montrent que d’autres architectures de sensibilité sont biologiquement possibles.

Demain – et pour certains traitements, c’est déjà aujourd’hui –, des thérapies géniques pourraient, dans un cadre médical strict, augmenter notre seuil de douleur, réduire les risques de dépression, stabiliser notre humeur, sans supprimer notre lucidité. (Cell)
L’objectif n’est pas de nous “anesthésier”, mais de rendre extrêmement rares et brèves les expériences mentales en dessous d’un certain seuil de bien-être.

On peut appeler cela une « révolution biohédonique » :
Remplacer le vieux monde darwinien, fondé sur la survie au prix de la douleur, par un monde où la motivation naît de gradients d’émotions positives, d’information et de curiosité, plutôt que de la peur et du manque.

Sortir de l’élevage de souffrance

En parallèle, une autre révolution silencieuse est en cours dans nos assiettes.

Les viandes et produits laitiers cultivés à partir de cellules, sans élevage ni abattoir, commencent à être autorisés dans plusieurs pays. (The Good Food Institute)
Des start-up développent des foies gras, des steaks ou des poissons sans qu’aucun animal n’ait à souffrir. (anuga.com)

Combinés à une offre toujours plus riche de protéines végétales, ces progrès peuvent faciliter une sortie quasi-complète de l’élevage d’ici quelques décennies. Une civilisation avancée pourra facilement arrêter de faire naître des êtres sensibles pour les tuer jeunes. Fermer les abattoirs n’est donc pas une utopie lointaine, c’est un objectif que la technologie va permettre de réaliser rapidement (The Good Food Institute). La question n’est plus est-ce possible ? Mais aurons-nous le courage politique et culturel d’accélérer cette transition”.

Prendre soin aussi de la nature sauvage

Reste la part de souffrance la plus invisible : celle des animaux sauvages.

La biologie de synthèse et les “gene drives” sont expérimentés – avec prudence – pour réduire des maladies comme le paludisme
en rendant des moustiques incapables de transmettre le parasite. (Organisation mondiale de la santé)

Des modèles scientifiques étudient déjà comment des modifications génétiques pourraient, un jour, changer le régime alimentaire ou le comportement
de certaines espèces, et se diffuser progressivement dans une population. (Brill)

Ce qui mène des chercheurs comme Stijn Bruers, Thomas Lepeltier, David Pearce a explorer une idée surprenante, mais prometteuse:

Et si, à long terme, nous pouvions orienter la sélection de certains grands prédateurs vers des traits herbivores ? ou réorganiser des écosystèmes pour qu’ils restent riches et complexes sans que la survie de chacun repose sur la terreur des autres ? (ects.upjp2.edu.pl)

Tout cela ne signifie pas qu’il faut intervenir partout, tout de suite.
Au contraire : ces outils exigent une grande prudence, des tests d’abord dans des environnements fermés, une gouvernance démocratique globale et une éthique solide. (Royal Society)

Mais ils montrent une chose simple :
la structure même de la biosphère n’est plus intouchable. À long terme, nous pourrions devenir des gardiens compatissants des écosystèmes, et non de simples spectateurs de leurs cruautés.

Si la souffrance naturelle semblait autrefois inévitable, le développement de technologies avancées redéfinit nos devoirs. Ne pas intervenir ne relève plus de l’incapacité, mais d’une position éthique délibérée que nous devons justifier.

Une feuille de route pour un futur moins douloureux

Alors, que faire maintenant ?

D’abord, ancrer ce projet dans une éthique claire :
ce qui compte moralement, ce n’est pas l’appartenance à une espèce, c’est la capacité à ressentir du plaisir et de la douleur.
Un cochon, un chien, un humain ou un animal sauvage méritent la même considération à souffrance égale. 

Et si nous nous retrouvons un jour avec la capacité de créer des IA susceptibles de souffrir, la conclusion serait la même : soit éviter délibérément de faire naître cette souffrance, soit leur accorder, à souffrance égale, la même considération morale.

Ensuite, aligner notre système de santé sur la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé depuis 1946 :
« état de complet bien-être physique, mental et social ». (Organisation mondiale de la santé)
Pris au sérieux, cet objectif appelle à utiliser pleinement les biotechnologies pour diminuer la souffrance, et pas seulement pour revenir à une “normale” médiocre. (PMC)

Troisièmement, investir massivement dans les technologies propres à diminuer la souffrance :
alimentation végétale et cultivée, thérapies géniques sécurisées, recherche sur le bien-être animal et sur les moyens de réduire la souffrance dans la nature. (The Good Food Institute)

Enfin, ouvrir un débat public constructif.
Il ne s’agit pas d’imposer un futur standardisé, mais d’explorer collectivement jusqu’où nous voulons aller dans la réduction de la souffrance, et sous quelles conditions de sécurité, de justice et de démocratie.

Un autre récit pour le futur

Nous sommes la première génération à posséder les outils pour reprogrammer, pas seulement nos machines, mais les conditions mêmes de l’expérience vécue.

Rien ne garantit que nous les utiliserons bien.
Mais rien n’oblige non plus à accepter que la faim, la torture et la terreur soient à jamais le prix du “fonctionnement” de la vie.

Entre le fatalisme et la fuite en avant technologique, il existe une troisième voie :
celle d’un progrès lucide, guidé par la compassion, par la science et par le souci de tous les êtres sensibles.

Cette article est une invitation.

Imaginons, dès aujourd’hui, une civilisation où l’on mesure le développement à la quantité de souffrance évitée.

APALA et The Flares n’ont pas les réponses définitives.
Mais nous sommes convaincus d’une chose :
Le futur n’est pas écrit. Et si nous le voulons, il peut être infiniment plus bienveillant pour tous les habitants de la Terre.

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