Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par Avatar Ohoua, il y a 2 mois et 2 semaines.

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    Avatar Ohoua 
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    Bonjour à tous,

    J’ai vu pas mal d’infos sur l’agriculture depuis que je m’y intéresse, des centaines d’idées parfois contradictoires sur ce que sera l’agriculture à l’avenir et ce qu’elle devrait être. Du coup, je me suis dit qu’il serait pas mal d’avoir un espace pour tout poser sur la table et y réfléchir. Ici, le but est de poser des conditions très larges, quitte à ce que des débats, voire d’autres discussions apparaissent sur des points plus précis, il est donc question de se demander comment produire des aliments, mais aussi des médicaments, des matériaux de construction et de manufacture, ou même de l’art, du gazon, ou de la drogue ou quoi que ce soit qui vous vienne en tête (savoir ce que l’on devrait faire avec l’agriculture fait partie du débat). Il se trouve que depuis que l’agriculture à fait son apparition, plusieurs révolutions agricoles se sont depuis succédées suite à l’expansion de nouveaux outils et techniques agricoles dans différentes régions du monde (je conseille la lecture d'”Histoire des agricultures du monde”, de Roudart et Mazoyer à ceux qui en ont l’occasion), ensuite, la population augmente, ou sa consommation d’aliments par tête augmente jusqu’à ce que la société se trouve sous pression, et ce, jusqu’à ce qu’une nouvelle technique révolutionne l’agriculture. La technique actuelle maximise au maximum le rendement du travail et le rendement surfacique, au détriment du rendement énergétique et du rendement de matière. On a affaire à des régions agricoles ultra-spécialisées séparées en différentes monocultures géographiquement distincts, séparant clairement ses différentes branches historiquement liées, à savoir l’agriculture au sens strict, l’élevage, la pêche et la pisciculture, la sylviculture, l’apiculture… Le résultat est très efficace, elle a permis de décupler les rendements et de nourrir une population toujours plus nombreuse. En théorie, et si on en croit un rapport de la FAO que je n’ai jamais réussi à retrouver, on pourrait nourrir 12 milliard d’êtres humains. On est loin d’être 12 milliards, et pourtant, notre système agricole est à nouveau entré dans une phase de crise.

    Aujourd’hui, plusieurs problèmes se posent. En premier lieu, la faim n’a pas complètement disparue à travers le monde, le nombre de gens affamés a même augmenté ses dernières années, problème que la FAO attribue à l’émergence de conflits armés à travers le monde. Çà reste un des problèmes structurels du capitalisme : c’est un système excellent quand il s’agit de décupler une production, moins quand il s’agit de la répartir (il faut quand même voir la quantité de nourriture qu’il faut produire maîtriser la faim dans le monde, on bien au-delà des besoins de l’humanité). Ensuite, l’agriculture fait face à une crise écologique gigantesque : elle s’étend sur des milieux dont ont besoin de nombreux êtres vivants pour vivre (une des raisons majeures de disparitions d’espèces), épuise les sol (les monocultures pompant sans arrêt les mêmes nutriments, ceux-ci doivent être apportés de l’extérieur, ils sont souvent minés ou synthétisés, les sols sont régulièrement laissés à nus, la terre est alors lessivée par l’eau et le vent, le travail de la terre et les apports de pesticide décime la faune du sol et lui empêche ainsi de dégrader les déchets organiques et la roche mère, les récoltes sont un export massif de biomasse qu’il faut remplacer par apport externe), émet énormément de gaz à effet de serre, a un très mauvais rendement énergétique (il faut investir beaucoup d’énergie, généralement sous forme de pétrole, pour fournir une quantité d’énergie limitée), sans oublier la souffrance infligée aux animaux d’élevage absolument gigantesque), et pollue les sols et les eaux, puis au final des océans puisque les engrais et les pesticides y finissent dispersée. Troisième problème, l’agriculture ne contribue plus toujours au bon fonctionnement des sociétés, un agriculteur ne peut pas toujours entretenir sa famille, les récoltes sont souvent exportées vers des centres urbains, voire à l’étranger, sans bénéficier à la communauté locale, le nombre d’agriculteurs est en baisse constante, le seul moyen de rester rentable étant de produire toujours plus, un des avenir possible serait une poignée de grands groupe produisant la nourriture pour des pays entier, voire plus, autant dire que leur pouvoir serait considérable. Quatrième problème, l’agriculture mondiale utilise des matériaux non renouvelables pour obtenir des rendements aussi miraculeux, si le phosphore ou le potassium s’épuise demain, c’est la famine mondiale assurée. Cinquième problème, l’agriculture est et sera de plus en plus sollicitée, pour répondre à de multiples besoin. Déjà pour produire plus de viande, ce qui demande beaucoup de matières premières, la consommation de viande se développant avec le PIB mondial, mais aussi pour faire face à l’épuisement de certaines ressources importante. Il faudra probablement cultiver pour fournir du carburant, des matériaux de construction, des composés chimiques, de quoi s’habiller, et à plus long terme, il faudra peut-être tout remplacer par des matériaux organiques que l’on peut décomposer et cultiver en permanence (vous avez déjà imaginé l’informatique sans silice, sans terre rare, sans pétrole, sans métaux ?). Du coup, revoir l’agriculture devient un problème de plus en plus urgent.

    Maintenant, que fait-on, il y a en fait beaucoup de possibilités. Premièrement, adopter l’hydroponie et la culture in vitro, ces deux systèmes consistent à ne plus faire nos cultures sur un sol soumis aux aléas du sol et du climat, mais à faire notre élevage et notre agriculture en environnement contrôlé, il devient ainsi possible de démultiplier les rendements surfaciques et d’optimiser la croissance des plantes, des cellules animales, des champignons, des bactéries… Ce sont des techniques qui actuellement consomment beaucoup de matériaux pas toujours renouvelables, et qui demande d’engrais de qualité hydroponiques pour fonctionner. Toutefois, cela pourrait évoluer d’ici peu, il est après tout possible de construire des centres hydroponiques démontables, réparables, recyclables, voire utilisant des matériaux biodégradables comme le bois. Quant aux nutriments, une équipe japonaise a récemment réussi à produire de l’engrais de qualité hydroponique avec des déchets organique (si vous parlez anglais, vous pouvez voir la bibliographie de Shinohara et al., sur Google Scholar, je crois même qu’ils ont déposé un brevet), si la technique devient assez sophistiquée, il serait possible de garder les nutriments qui circulent dans nos sociétés avec nous et de les recycler en permanence, la dispersion des nutriments devenant marginale est pouvant tout à fait être compensée par une agriculture plus traditionnelle. Toutefois, je ne compterais pas à long terme sur l’automatisation étant donné la quantité d’énergie et de matériaux rares qu’il faudrait alors consacrer.

    Deuxièmement, la permaculture devient une possibilité de plus en plus attrayante. Il s’agit alors d’associer à nouveau toutes les branches de l’agriculture dans un système extrêmement complexe, combinant la culture simultanée de différentes espèces de plantes, d’animaux, voire de champignons, de poissons, d’algues, voire d’autres activités comme des industrie ou des services. C’est un mode d’agriculture exigeant en main d’œuvre, qui demanderait l’une des plus grosses réformes agraires que l’on ai jamais connu, il faudrait former rapidement beaucoup de gens à un mode d’agriculture bien plus complexe que ceux que l’on connaît aujourd’hui, leur fournir des terres que des agriculteurs utilisent aujourd’hui, et un équipement que l’on a pas encore conçu aujourd’hui (si on souhaite établir une permaculture à grande échelle, quelques initiatives isolées ne permettant pas à des millions de gens de vivre). Après quoi, on disposerait d’une agriculture à fort rendement surfacique, avec un excellent rendement énergétique et pouvant virtuellement se passer d’intrants (donc engrais, pesticides, ou carburant, la condition étant d’accepter l’exploitation d’animaux, en général, un humain n’est pas assez fort pour cultiver lui-même tout ce dont sa famille a besoin, dans l’antiquité, un cultivateur nourrissait sa famille et pas plus en disposant de la force musculaire d’un bœuf, ou d’un cheval s’il en avait les moyens), extrêmement polyvalente. De plus, c’est un métier intéressant et les cultivateurs auront une certaine maîtrise de leurs petits écosystèmes, leur permettant de s’adapter à différentes situations, voire d’atténuer une possible crise économique ou écologique. La mécanisation, n’est pas impossible, même à faible échelle, elle pourrait s’avérer très efficace, par contre, il faut concevoir les machines pour un tel mode d’agriculture.

    Troisièmement, l’avenir n’est peut-être pas à l’agriculture. Et si on synthétisait purement et simplement nos composants organiques ? Du carbone, de l’azote, de l’oxygène, de l’hydrogène, toutes sortes de composés, et on synthétise un aliment ou un matériau à partir de zéro. A nous d’en concevoir les propriétés. Il a par exemple été proposé de faire de la nourriture à partir de pétrole dans les années 50’/60′ (voir “Un iceberg dans mon whisky” de Nicolas Chevassus-au-Louis qui entre autres en raconte l’histoire), mais on pourrait imaginer bien d’autres matières premières, comme la biomasse pure par exemple, bien plus simple à obtenir qu’un aliment spécifique avec ses exigences. Là, on change complètement notre façon de produire, et même de cuisiner.

    Enfin, il y a toutes sortes de petites améliorations possibles et imaginables : autoproduction, OGM, surveillance algorithmique des champs, prana (j’ai entendu dire que certains se passaient complètement de nourriture en utilisant une énergie appelée “prana”, toutefois, elles ne feraient rien d’autres que ne rien manger, que ce soit vrai ou non, la possibilité me semble intéressante, si on prouvait l’efficacité de la technique, on pourrait mettre des gens en “stase” quand la nourriture vient à manquer, voire s’en servir pour un projet de colonisation extraplanétaire), cultures en océan, sélection de nouveaux organismes (la pomme de terre par exemple a révolutionné l’agriculture partout où elle est passée, pourquoi ne pas retenter l’exploit ?).

    S’il vous vient d’autres idées en tête, voire d’autres systèmes d’agriculture possible, n’hésitez pas. Quoi qu’il en soit, je heureux de savoir comment on devrait cultiver à l’avenir, et pourquoi.

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