Le bioterrorisme va t-il causer la prochaine pandémie et une catastrophe biologique ?

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Le bioterrorisme va t-il causer la prochaine pandémie et une catastrophe biologique ?
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Certaines vidéos dévoilent à quel point les futurs possibles dans le jeu de cartes de l’avenir de l’humanité pourraient être positifs ! Une façon de faire le plein d’optimisme, mais celle-ci ne fera pas partie de cette catégorie. Malheureusement, dans le deck, il y a quelques cartes qu’il vaut mieux ne pas tirer… En effet, nous allons parler de la deuxième chose qui me terrifie le plus concernant le futur. Je veux parler des risques de catastrophe biologique planétaire ou biorisque planétaire, comme on dit dans le jargon des gens qui flippent grave.

La famine et la guerre sont deux des amplificateurs de souffrance et de mortalité les plus courants dans l’histoire. Quelle est le troisième ? …. Les épidémies bien sûr ! Pas pour rien qu’ils font partie des cavaliers de l’apocalypse. Non ce n’est pas un groupe de death metal ! ah ben si en faite …

Qu’est-ce qu’une catastrophe biologique planétaire

Le terme catastrophe planétaire est généralement utilisé pour se référer à un événement qui affecte négativement l’humanité à l’échelle mondiale et réduit durablement les trajectoires positives vers l’avenir. Si la catastrophe mène à l’extinction, on parle de catastrophe existentielle. Selon cette définition, une liste diversifiée d’événements pourrait constituer des catastrophes planétaires, tels qu’une guerre mondiale nucléaire, un impact d’astéroïde ou des pandémies. Dans ce cas, on utilise le terme catastrophe biologique planétaire ou biorisque planétaire, car c’est toujours sympa de raccourcir les termes.

Qu’est-ce qui cause les épidémies ?

Diane Letourneur, doctorante en microbiologie sensibilise sur le sujet des biorisques avec l’association EffiSciences. Elle a accepté de répondre à mes questions lors de deux épisodes du podast “la prospective”.

“On parle beaucoup des maladies d’origine virale actuellement. Il y a plus de diversité dans les types de micro-organismes qui peuvent causer des épidémies. Pour les bactéries qui peuvent causer la tuberculose, la lèpre, la peste, on a également des épidémies qui peuvent être d’origine parasitaire. C’est le cas du paludisme ou de la maladie du sommeil. Des champignons peuvent aussi causer des maladies, notamment les mycoses. Et enfin, un dernier type d’agents biologiques qui peut causer des épidémies, c’est des prions. C’est des protéines mal repliées qui peuvent causer des maladies souvent neurologiques, comme la maladie de la vache folle.”

Jusqu’au 20e siècle, les épidémies ne pouvaient pas être planétaires. Cela n’a pas empêché les pires virus et bactéries de traverser les continents, comme la variole qui a fait le voyage d’Europe aux Amériques au 16e siècle, décimant près de 90% des populations natives. Mais pour véritablement atteindre l’échelle du globe, il a fallu attendre la modernité avec l’interconnexion des régions du monde par voie maritime et aérienne. En ce sens, la grippe espagnole de 1918 peut être considérée comme la 1ère pandémie.

Il est parfois difficile de savoir précisément le nombre de morts dû à une catastrophe, surtout ancienne. La première peste bubonique, qui a commencé avec la peste de Justinien, aurait tué jusqu’à 6 % de la population mondiale sur 2 siècles (entre 541-767). Mais certains historiens contestent cette estimation, affirmant un nombre plus faible. Nous avons plus de certitude sur la 2e peste bubonique au 14ᵉ siècle avec environ 10 % de la population mondiale. La grippe espagnole de 1918 complète le trio avec un bilan entre 2,5 et 5 % de la population mondiale.

Est-ce que ces exemples entrent dans la catégorie des catastrophes biologiques planétaires ? Certains diront qu’elles sont plutôt des catastrophes régionales ou continentales, et qu’elles n’ont pas eu un impact négatif significatif sur l’avenir de l’humanité en général, mais plutôt sur les civilisations locales, surtout aux Amériques. Catastrophes biologiques planétaires ou non, cela ne diminue en rien l’ampleur de ces tragédies.

Tout cela pour conclure que le seuil exact à partir duquel une catastrophe est considérée comme planétaire est variable et relève de la taxonomie dans le but de catégoriser correctement les choses. Mais on a là un ordre de grandeur sur lequel orienter le concept. Par exemple, 5 à 10 % de mortalité représenterait aujourd’hui 400 à 800 millions de pertes humaines ! Il est très peu probable que les victimes soient localisées sur une seule région du monde, donc ce serait planétaire. Et la perte d’autant de personnes aurait des conséquences désastreuses sur la stabilité du monde, aggravant l’avenir.

Les biorisques d’origine naturelle

Émergence épidémie

“Comment naissent les pandémies naturelles ? En fait, je pense qu’on peut découper cette question en deux parties. Il y a pas mal de mécanismes biologiques qui, naturellement, arrivent et qui permettent l’évolution des micro-organismes. Leur génome n’est pas du tout fixé dans le temps. Il y a quand même pas mal de processus d’adaptation à l’environnement, mais il y a aussi en effet des facteurs anthropiques et les activités humaines qui peuvent influencer la survenue d’épidémies, voire de pandémies.”

La Covid-19 nous a rappelé que nous ne sommes pas à l’abri au 21e siècle. Mais en 300 000 ans d’histoire, notre espèce n’a jamais été globalement menacée d’extinction par des pathogènes. Il est peu probable qu’une pandémie d’origine naturelle puisse éradiquer l’espèce entière en raison de la grande diversité génétique immunitaire entre les individus. En revanche, un taux de mortalité de plus de 50 % est possible. La peste bubonique en est un exemple avec un taux de mortalité de 30 % à 60 % chez les personnes infectées. Inutile de s’attarder sur le fait qu’une pandémie de cette ampleur serait absolument catastrophique à notre époque. Toutefois, les pandémies les plus sévères de l’histoire ont principalement affecté des civilisations moins avancées technologiquement, notamment sur le plan médical. On peut donc dire que les biorisques planétaires sont atténués par une meilleure hygiène, les avancées thérapeutiques telles que les antibiotiques et les vaccins, une meilleure surveillance internationale et une compréhension avancée des mécanismes de transmission.

En revanche, certains aspects de la modernité augmentent les risques. La déforestation augmente les interactions avec les animaux sauvages, le changement climatique modifie les zones d’émergence des maladies infectieuses, la perte de biodiversité réduit le nombre de cibles pour les vecteurs de maladies tels que les moustiques, et il y a une exploitation animale plus importante dans des conditions déplorables.

Zoonose et l’anthropocène

“Les crises sanitaires actuelles sont le fruit de l’anthropocène. Si on regarde les maladies émergentes, en effet, qui sont plus récentes, on a 75 % d’entre elles qui sont des zoonoses donc de franchissement de la barrière d’espèce de l’animal vers l’humain. On a une augmentation de l’urbanisation, des échanges pour n’importe quel type de maladies, que ce soit des zoonoses ou pas fait que les foyers se développent plus vite et également on a plus facilement la création de nouveaux foyers infectieux dans des zones géographiques éloignées”

Bien sûr, comme si la nature ne nous envoyait pas déjà suffisamment d’obstacles, l’humanité a inventé les biotechnologies ! La découverte de l’ADN en 1953, le “Human Genome Project” dans les années 90, l’édition génomique CRISPR-Cas9 dans les années 2010, la biologie synthétique, tout cela rend possible la modification de certaines propriétés des pathogènes. Par exemple, un virus doté d’une virulence et d’une transmission accrues. S’il venait à être accidentellement ou délibérément relâché, cela pourrait conduire à une catastrophe biologique planétaire sans précédent dans l’histoire. On appelle ce type de risque une pandémie artificielle.

La question qui se pose désormais est de savoir si nous avons des raisons de nous inquiéter de ce genre de scénario. Mon visage devrait vous donner un indice…

Les biorisques d’origine artificielle

Qu’est ce qu’une pandémie artificielle ?

“Je dirais qu’une pandémie artificielle, c’est une pandémie causée par un agent biologique issu d’une fuite de laboratoires, soit un involontaire, soit bioterroriste. Donc avec cette définition, l’agent biologique, ça peut être Virus ou Bactéries, soit OGM, organismes génétiquement modifiés, soit c’est un agent biologique non modifié en laboratoire mais qui fuite d’un laboratoire.”

On pourrait dire que les pandémies artificielles sont le revers de la médaille de la biologie de synthèse, qui vise à concevoir, construire et modifier des systèmes biologiques complexes, souvent dans un but thérapeutique, comme la production de médicaments. Par exemple, la création de cellules synthétiques capables de produire des protéines médicinales telles que l’insuline.

Aujourd’hui, des recherches appelées “gain de fonction” sont menées, et elles portent bien leur nom. Elles consistent à conférer de nouvelles fonctionnalités à des organismes, souvent des virus ou des bactéries. Il ne faut donc pas voir des théories du complot partout. Les laboratoires n’ont aucun objectif malveillant en vue de créer une super arme biologique. Il s’agit plutôt de ce qu’on appelle une recherche à double usage présentant des risques.

“Pour reprendre la définition de l’OMS, elle définit les recherches “Dual à risque”comme des recherches en sciences de la vie qui sont effectuées dans une perspective d’amélioration de la santé publique, mais qui pourrait être appliquée de manière nuisible, soit parce que des personnes malveillantes pourraient en faire un mésusage, soit parce que leur dissémination dans l’environnement par fuites de laboratoires involontaires pourrait avoir des effets délétères sur la santé humaine, vétérinaire ou même sur la santé du règne végétal, par exemple.”

Les recherches sur le gain de fonction, considérées comme à haut risque, visent à accroître la virulence, la contagiosité ou la gamme d’hôtes des agents biologiques. Et cela soulève immédiatement une question dans l’esprit de nombreux individus : “Mais pourquoi ?!”

“Donc, les principaux objectifs, en effet, c’est anticiper les futures pandémies, c’est à dire anticiper l’évolution des virus pour voir comment ils pourraient devenir plus dangereux pour l’humain et donc d’avoir plus de connaissances pour faire plus rapidement des traitements. Si jamais ça arrive vraiment dans la nature et ça, c’est un argument qui se tient parfaitement, mais où il y a quand même des détracteurs qui soulignent qu’il y a énormément d’évolutions possibles des virus et que ce n’est pas sûr que la balance bénéfice risque vaille la peine avec ce genre d’expérience si jamais ça permet de découvrir que quelques variants parmi peut être des milliers possibles dans la nature.”

De plus, les résultats de ces recherches sont souvent largement accessibles via des publications académiques, ce qui répand dans le monde des informations à double usage et qui pourraient tomber entre les mains de personnes mal intentionnées. On utilise le terme “infohazard” pour décrire cette situation.

“Ce terme de infohazard, il semble que c’est assez intuitif en ce qui concerne la défense nationale, par exemple, avec le fait qu’on n’a pas intérêt à donner le mode d’emploi pour créer une arme nucléaire. Mais en fait, c’est plus large que ça. Et c’est vrai également pour la recherche. Par exemple, ces infohazards peuvent etre soi des connaissances fondamentales. Ou bien l’infohazard, c’est directement des données concrètes, c’est à dire que ça peut être, par exemple, la séquence d’une toxine bactérienne qui pourrait être dangereuse si mal utilisée.”

Comme vous l’aurez compris, bien que ces laboratoires contenant des agents pathogènes modifiés ou non soient hautement sécurisés, ils ne sont pas infaillibles. Les fuites de laboratoires représentent donc l’une des voies pouvant entraîner une pandémie artificielle. L’autre voie concerne davantage le bioterrorisme et repose sur la réduction des barrières d’entrée à la biologie de synthèse.

“On assiste à une sorte de démocratisation des outils de la biologie moléculaire, sachant que les prix de synthèse d’ADN ont diminué d’un facteur 250 en dix ans entre les années 2000 et 2010. Donc on peut s’attendre à ce que ça diminue encore et que ça devienne de plus en plus accessible de commander de l’ADN synthétique.”

On a d’un côté une augmentation des capacités techniques et des connaissances scientifiques permettant de modifier des pathogènes. De l’autre côté, l’accès à ces connaissances et leur coût diminuent, ce qui abaisse la barrière d’entrée. En d’autres termes, la modification d’un virus devient plus facile et plus accessible au fil du temps. Si l’on se projette, est-ce que cette tendance nous mène vers un monde où n’importe quel étudiant en licence de biologie pourrait accroître la virulence du virus de la grippe lors d’un projet de fin d’année ?

L’analogie souvent utilisée consiste à imaginer qu’au lieu de scientifiques et d’ingénieurs de très haut niveau, d’installations très coûteuses et de matières premières extrêmement contrôlées, une bombe nucléaire pourrait être fabriquée en combinant du détergent avec du sable dans un micro-ondes. La difficulté d’empêcher le premier venu de détruire une ville serait incommensurable.

Le bioterrorisme est la libération délibérée de virus, de bactéries, de toxines ou d’autres agents nocifs dans le but de causer des victimes. En général, le terrorisme classique vise à causer des destructions et des morts pour revendiquer quelque chose au service d’une idéologie. Mais déclencher une pandémie bioterroriste semble irrationnel. Pourquoi risquer de contaminer son propre camp ? Malheureusement, il ne faut pas chercher très longtemps pour se rendre compte que certaines personnes sont convaincues que l’espèce humaine est une espèce parasite ou cancéreuse qu’il vaudrait mieux éliminer. Une telle croyance pourrait pousser quelqu’un à provoquer une pandémie artificielle. De plus, des actes de bioterrorisme ont déjà eu lieu dans l’histoire, comme en témoigne la secte Aum Shinrikyo qui a tenté plusieurs actes de terrorisme biologique infructueux au Japon dans les années 1990.

Même si les coûts de séquençage de l’ADN ont considérablement baissé, les différents outils de laboratoire restent très onéreux. Il est donc encore très difficile pour un petit groupe d’individus malintentionnés de savoir comment modifier un virus et d’acquérir le matériel organique et technique nécessaire pour le faire. De plus, des niveaux de sécurité existent, tels que le International Gene Synthesis Consortium.

“On estime qu’il y a environ 80 % des industries qui produisent de l’ADN synthétique qui sont dans ce consortium et donc qui s’engagent à vérifier que les séquences qu’ils produisent ne sont pas des séquences de pathogènes dangereux.”

Tout cela est donc rassurant et permet de relativiser la facilité d’accès aux moyens de causer un bioterrorisme déclencheur de pandémie. Cependant, on peut noter l’émergence d’un nouvel acteur dans la démocratisation des actions biologiques dangereuses : l’intelligence artificielle. Si vous n’avez pas passé les cinq dernières années dans une cave, vous avez sans doute remarqué les progrès surprenants de l’intelligence artificielle, notamment dans le domaine de l’apprentissage automatique et des grands modèles de langage. Il est donc possible de craindre que ces systèmes puissent être utilisés pour assister la création d’agents pathogènes, abaissant ainsi encore plus la barrière d’entrée.

Des chercheurs de la société Collaborations Pharmaceuticals ont récemment démontré comment leur modèle d’apprentissage automatique pouvait être utilisé pour générer des molécules potentiellement mortelles. En inversant simplement le modèle, ils ont réussi à transformer un outil pharmaceutique en générateur d’agents neurotoxiques. L’intelligence artificielle a conçu ces molécules en moins de six heures, y compris de nouvelles molécules plus toxiques que celles déjà connues. On peut donc aisément comprendre le problème que cela pourrait poser si de tels systèmes se trouvaient entre les mains d’un méchant d’un film de James Bond. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans un journal scientifique afin d’alerter la communauté scientifique. Ils soulignent que bien que la science repose sur la communication et le partage de données ouverts, il est nécessaire d’agir de manière responsable et d’anticiper les mauvais usages d’une technologie.

Prévenir les pandémies ?

Voici une petite liste de mesures que l’on pourrait prendre pour diminuer le risque d’émergence d’épidémies : interdire les marchés de vente d’animaux sauvages vivants, se faire vacciner pour empêcher la réapparition de maladies sous contrôle comme la rougeole, limiter et réglementer la déforestation, ainsi que les élevages intensifs. De manière générale, plus le changement climatique sera drastique, plus le risque d’émergence d’épidémies sera élevé. Et oui, cela constitue un dénominateur commun à de nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés.

“Juste pour dire que pour justement essayer de limiter le fait de faire des recherches dangereuses, il y a des chercheurs comme Kevin Esvelt qui propose de mettre en place un système d’assurance de responsabilité civile. En gros, cela rendrait responsables tout acteurs impliqués directement ou non dans le déclenchement d’une pandémie causant un grand nombre de morts. Que si on mène des recherches qui ont une chance non négligeables d’aboutir à une telle catastrophe, comme l’identification d’un virus pandémique. Les institutions devraient payer pour couvrir le risque de perte, à l’image de ce qui est fait pour les évaluateurs de risques des compagnies d’assurances. Donc comme ça, ce sera moyen de limiter les recherches à risques sans impacter les recherches qui modifient des pathogènes sans les rendre plus virulents.”

Il existe une pléthore de solutions à considérer, au point de se demander s’il serait possible d’envisager un avenir où l’humanité serait immunisée contre les biorisques. Est-ce si farfelu que ça ? Je pense essayer de répondre à cette question et d’en discuter dans une prochaine vidéo. En attendant, je mettrai des ressources supplémentaires dans la description pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, ainsi que des informations sur la manière de contribuer à ce domaine de la biosécurité pour ceux qui estiment posséder les compétences et la motivation nécessaires pour soutenir cette cause.

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