Mad Max Fury Road : Le détail qui remet en question l’univers du film.

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Le premier Mad Max sorti en 1979, est un film beaucoup plus ancré dans la réalité que le dernier né “Fury Road” (2015). L’intention était peut-être déjà de créer également une forme de décalage entre ce que nous connaissons du monde qui nous entoure, et la vision de l’avenir que George Miller voulait nous partager. Mais très honnêtement, il suffit de mettre les deux films côte à côté, pour se rendre compte que l’oeuvre originelle propose un univers beaucoup plus pragmatique que ses suites.

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Mad Max : Fury Road introduit désormais une toute nouvelle façon de concevoir l’univers post apocalyptique aux travers du regard de Miller. Une chose reste toutefois assez fondamentale : l’univers du film représente avant tout une métaphore de notre monde. Décalage ou non, l’idée est évidemment d’amener une réflexion sur ce que nous sommes et sur nos propres actes. De manière générale, c’est le propre de la science-fiction.

Une oeuvre de science-fiction peut être construite selon plusieurs approches distinctes…

Vous pouvez par exemple, décider de raconter une histoire fondée sur un principe d’anticipation. Vous proposez alors vos propres hypothèses sur ce que le monde de “demain” pourrait être amené à devenir d’ici les prochaines années, les prochaines décennies, ou même dans le siècle ou le millénaire à venir. Dans ce cas, il vous sera nécessaire de considérer un certain nombre de paramètres caractéristiques du monde “d’aujourd’hui”, afin de pouvoir proposer une évolution cohérente de celui-ci.

Mais la science-fiction ne se limite évidemment pas à l’anticipation. D’ailleurs, elle n’implique même pas nécessairement de se projeter dans l’avenir. Il est tout-à-fait possible de poser les bases d’un univers alternatif, qui se déroulerait à une époque non définie, ou même à une date antérieure à la notre. 1984 (George Orwell) est un des exemples les plus populaires de ce type d’univers. Dans ce cas en particulier, on parle d’uchronie. Pour être plus précis, on parle d’uchronie dystopique. Le monde décrit dans ce livre ne permet pas le bonheur et le bien être de la majorité de ses occupants. Ceci par opposition à l’utopie qui dépeint normalement un univers idéal et sans réelles contraintes.

Lorsqu’on propose un univers de science-fiction, il est possible de choisir d’ignorer complètement la présence du monde réel dans le contexte de cet univers. Cela ne signifie pas pour autant que l’histoire racontée ne fait pas référence à notre réalité, d’une manière ou d’une autre. Comme nous l’avons mentionné précédemment, proposer une réflexion sur l’environnement que nous pouvons appréhender au quotidien, c’est justement le propre de la science-fiction. Vous pouvez par exemple concevoir un univers totalement imaginaire et improbable, qui trouverait alors son intérêt au travers d’une approche métaphorique. Un univers totalement imaginaire peut en effet proposer des parallèles intéressants avec le monde réel, sans pour autant devoir forcément s’accorder parfaitement avec les caractéristiques de celui-ci.

Et c’est précisément cette distinction essentielle qui nous intéresse…

À votre avis, sur quelle intention repose l’univers de Mad Max : Fury Road ?

Est-ce une oeuvre d’anticipation ayant pour but d’exposer une dystopie probable ?
Ou bien est-ce une oeuvre purement imaginaire vouée à métaphoriser notre monde ?

À priori, tout le film tend à valider clairement la deuxième hypothèse. L’histoire se fonde sur un univers qui semble clairement assumer son décalage avec la réalité. La mise en scène est d’ailleurs elle-même travaillée dans une perspective métaphorique.

Tout le film… ou presque…

Après 1 heure et 20 minutes de péripéties (et de méga claques visuelles), arrive une scène d’apparence anodine, qui tend à remettre fondamentalement en question l’intention sur laquelle repose Mad Max : Fury Road.

Les personnages ont trouvé refuge auprès des “doyennes du désert”. La nuit est tombée et un petit dialogue s’engage entre l’une des femmes de Immortan Joe et l’une des doyennes. La femme pointe du doigt le ciel étoilé pour désigner un satellite.

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La doyenne explique alors que “dans l’ancien temps” les satellites servaient à retransmettre des émissions et qu’à cette époque “tout le monde avait son émission”.

Vous comprenez l’idée n’est-ce pas ?…

Pourquoi chercher à vouloir créer soudainement une connexion relativement pragmatique entre l’univers du film et le monde réel que nous connaissons ?

À ce moment-là, Mad Max : Fury Road décide de ne plus assumer pleinement son statut de dystopie purement imaginaire et métaphorique. Il place délibérément une clé narrative propre au principe d’anticipation.

Bien entendu, l’un n’empêche pas l’autre. Une histoire fondée sur un principe d’anticipation peut tout-à-fait être enrichie d’une dimension métaphorique. Inversement, une histoire de science-fiction a vocation purement métaphorique, peut se révéler être fondée sur un principe d’anticipation. Il est possible d’associer ces deux approches, à condition de bien mesurer l’équilibre entre les deux…

Cet équilibre dépend en grande partie de la signification et du rôle que l’on accorde à l’univers du film en tant que spectateur. Dans le cas présent par exemple… Avant l’arrivée de ce dialogue, la cohérence de l’oeuvre par rapport à la réalité de notre monde, n’a finalement aucune importance aux yeux du public. Seule la cohérence de l’oeuvre sur elle-même compte véritablement. Autrement dit, peu importe si l’univers ne s’oriente pas vers le réalisme, tant que celui-ci reste cohérent sur lui-même.

Introduire l’idée qu’une connexion puisse exister entre l’univers du film et notre monde, implique une conséquence majeure dans l’esprit du spectateur. Celle que le film accepte désormais la probabilité, même infime, que l’univers sur lequel il se fonde, puisse représenter une évolution cohérente de notre réalité.

Le problème de Mad Max : Fury Road, c’est qu’il assume radicalement sa position de métaphore. Le film expose clairement l’idée qu’il cherche avant tout à proposer une vision onirique et non pas pragmatique. Et c’est précisément pour cette raison qu’il perd ici l’équilibre entre la dystopie purement imaginaire et la notion d’hypothèse induite par le principe d’anticipation.

Bien entendu l’intention était certainement d’amener une réflexion autour de l’idée que “tout le monde avait sa propre émission” à une époque et qu’aujourd’hui le monde se résume au “silence du désert”. Mais encore une fois… Pourquoi présenter cette réflexion autour d’un élément aussi pragmatique ?

Je vous rassure tout de suite, ce détail ne m’a pas empêché d’apprécier le film (en langage plus courant : de kiffer grave !! :D). L’idée de cette analyse est avant tout de mettre en avant l’importance de chaque détail dans une histoire. Il est question de 2 répliques !! Et pourtant, ces 2 seules répliques suffisent à remettre en question l’ensemble de l’univers du film, ainsi que le regard que peut porter l’audience sur celui-ci !

N’hésitez-pas à partager votre impression en commentaire… 🙂

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  1. Mijak
    Mijak 25 mai 2016 at 14 h 20 min - Reply

    Mad Max est une dystopie, vraisemblablement.
    Pour 1984 je voulais réagir, car vous parlez d’uchronie (“Dans ce cas en particulier [1984], on parle d’uchronie”) sauf que… euh… le bouquin est sorti en 1949. C’est donc de l’anticipation (dystopie, SF, tout ce qu’on veut ensuite). L’uchronie dépeint différemment des évènements qui sont historiquement connus, comme le Maître du Haut Château, de K. Dick qui, dans les années 60, a raconté un monde où les nazis on gagné la seconde guerre.
    Je vais lire la suite 🙂

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