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À votre avis est ce que l’humanité va s’éteindre bientôt, ou dans un futur lointain ? Et s’il existait un moyen d’apporter une réponse à cette question qui va au-delà d’une simple supposition non éclairée ?

L’humanité, à travers ses différentes cultures, a souvent raconté plusieurs mythes au fil des siècles. Mais il y en a deux qui reviennent plus que les autres. C’est le mythe de la création du monde, appelé cosmogonie, et son opposé, le mythe de la fin du monde.

Ces mythes suivent soit un modèle cyclique ou linéaire. Les histoires cycliques affirment que le monde a déjà connu une fin par le passé avant de renaître de ses cendres. Les mythes linéaires sont souvent prophétisés et déclarent qu’il n’y aura qu’une seule fin du monde. Dans les croyances nordiques, zoroastriennes et chrétiennes, on pense que le monde finira dans une grande bataille entre les forces du bien et du mal. Cela contraste beaucoup avec la nature cyclique des autres mythologies, y compris les Grecs, Mayas, Mésopotamiens, hindous et Hopis, dans lequel la fin du monde est déjà arrivée et peut se reproduire. Dans les croyances grecques, hindoues, mésopotamiennes et hopis, l’humanité est souvent responsable de sa propre perte, bien que dans le cas des Grecs et des Mésopotamiens, ce sont les dieux qui nous punissent, alors que dans les croyances hindoues et Hopies, il s’agit simplement d’un passage naturel d’un cycle à l’autre. Cette fin du monde peut concerner la destruction de l’univers, de la Terre ou alors l’extinction de l’humanité.

Notre obsession pour la fin du monde est toujours présente. Les préoccupations environnementales, qui ont surgi au cours des dernières décennies, conduisent à des scénarios extrêmes allant jusqu’à l’extinction. Il y a aussi la peur d’une force extérieure affectant la terre, comme un astéroïde. Ce qui a conduit à la fin du monde pour les dinosaures. Ou encore une technologie qui mène à notre extinction comme l’intelligence artificielle, un virus génétiquement modifié, des nanorobots répliquant qui transforme les ressources de la planète en encore plus de nanorobots et bien sûr la menace d’une guerre nucléaire.

La différence la plus évidente entre les anciens mythes et ceux qui sont apparus dans le monde moderne réside dans le passage du mysticisme à la science. Là où il y avait des rituels et cérémonies pour empêcher la fin du monde au bon vouloir des Dieux, il y a désormais des solutions pour moins polluer, utiliser des énergies renouvelables et des technologies pour dévier un astéroïde.

Les scénarios de fin du monde jouent forcément sur la peur des gens, et donc deviennent un outil commercial, narratifs et de divertissement. Il suffit de voir le nombre de films et séries ayant pour trame une catastrophe apocalyptique. Des zombies aux robots tueurs en passant par les catastrophes naturelles. La fin du monde n’a jamais été aussi tendance pour le dire autrement.

Mais si l’on regarde l’histoire de la vie sur Terre, 99,9% des espèces ayant vécu sur la planète sont désormais éteintes, soit via un déclin progressif, soit lors des 5 grands événements cataclysmiques appelés extinction massive. Autrement dit, l’extinction c’est la norme. Le futur de toute espèce est de s’éteindre. La question qui se pose est donc de savoir quand est-ce que cette extinction se produira pour notre espèce.

Dans la sphère académique, on ne parle pas de fin du monde ou d’apocalypse, mais de risques existentiels. Terme mis en avant par le philosophe de l’université d’Oxford, Nick Bostrom, qui est également le fondateur du future of humanity institute. Il s’agit de risques qui peuvent engendrer l’extinction de l’humanité, ou l’arrêt permanent du progrès vers un futur bénéfique, par exemple une dictature mondiale renforcée par des technologies de contrôle des esprits.

Une façon de calculer les risques de la fin du monde c’est de prendre un risque existentiel, par exemple les armes nucléaires, et de l’étudier en détail pour tenter de distribuer des probabilités. Par exemple 5% de chance d’extinction due aux armes nucléaires dans les 10 prochaines années. 25% dans les 500 prochaines années, etc.

Mais il existe une approche bien plus générale pour dresser une probabilité de fin du monde. Cette méthode ne nous dit pas ce qui va causer notre extinction, mais quand est-ce que ça va se produire en utilisant une hypothèse d’autoéchantillonnage basé sur notre position dans l’histoire d’homo sapiens.

Mais pour comprendre cet argument, le mieux c’est de faire une analogie. Prenons une urne. À l’intérieur se trouvent des boules numérotées avec des nombres entiers. 1,2,3,4,5, etc. genres mo-mo-motus. L’urne est opaque et très large. Une personne vous dit qu’il y a soit 10 boules ou alors 1000 et elle vous demande de deviner. Là comme ça, vous pouvez dire soit l’un soit l’autre, ça paraît complètement aléatoire puisque vous n’avez aucune autre connaissance sur cette énigme. C’est du 50/50. Donc pour vous aider à deviner, vous êtes autorisé à appuyer sur un bouton, ce qui tire une boule au hasard.

Si vous tirez la boule numéro 7, cela vous donne une très forte probabilité que l’urne ne contienne que 10 boules. Il est en effet bien plus probable de tirer aléatoirement la boule 7 s’il n’y a que 10 boules, plutôt que 1000.

Maintenant, imaginons non pas deux urnes, mais deux hypothèses sur le futur de l’humanité. L’hypothèse 1 appelée extinction proche stipule que notre extinction va se produire bientôt, disons dans un siècle avec un total d’homo sapiens ayant vécu depuis notre apparition d’environ 110 milliards. 

L’hypothèse 2 appelée extinction lointaine est que l’humanité va se répandre dans la galaxie, prospérer tout au long d’un futur lointain et notre extinction se produira dans des millions d’années, ce qui donnera un total d’humains ayant vécu depuis notre apparition à disons, 100 trillions. Donc l’hypothèse extinction proche représente l’urne de 10 boules et l’hypothèse extinction lointaine, l’urne de 1000 boules.

Si une personne vous demande de deviner quelle hypothèse est la plus probable, vous pouvez aussi bien faire pile ou face, ça parait complètement aléatoire. C’est du 50/50. Mais admettons que vous êtes optimiste et que vous pensez que l’extinction proche à une probabilité de 10% d’arriver. Maintenant, ce qui fait office d’aide, dans ce scénario, ce n’est pas de tirer une boule, mais de regarder votre position en tant qu’humains aujourd’hui. Comme si vous aviez un numéro donné à votre naissance correspondant à votre place dans l’histoire d’homo sapiens. C’est une expérience de pensée qui a ses limites, car on ne sait pas vraiment quand le numéro 1 est né. Est ce que c’était il y a 200 000 ans, 250 000 ans, 300 000 ans. Mais pas besoin d’être précis ici, ce n’est pas le but. Admettons que vous avez reçu le numéro 100 milliards, ce qui est un peu moins que le nombre d’humains ayant vécu estimé à 107 milliards. Félicitations, vous êtes le 100 milliardièmes homo sapiens ayant vécu sur cette planète. Mais ce chiffre vous permet également de miser avec une bien plus grande probabilité sur la première hypothèse plutôt que sur la deuxième. Tout comme dans l’exemple avec l’urne, il est bien plus probable de se trouver en 100 milliardième position s’il y a 107 milliards d’humains en tout, plutôt que 100 trillions. Donc il est raisonnable de reconsidérer votre premier pari de 10% pour l’hypothèse extinction proche. On appelle également ce genre de raisonnement le principe de médiocrité qui postule que si un élément est tiré au hasard parmi plusieurs catégories, il est plus probable qu’il provienne de la catégorie qui contient le plus d’éléments plutôt que celle qui en contient peu. Un exemple serait de me demander quel est mon groupe sanguin en regardant la répartition dans le monde. Sachant qu’il y a 38% de O+ et 27% de A+, je ferai mieux de miser mon argent sur l’un de ces deux types plutôt que sur AB-, car les 2/3 de la population appartient à l’un ou l’autre de ces groupes sanguins.

Cet argument probabiliste nous dit donc que lorsque l’on réfléchit à l’échelle de temps de la fin du monde, il est raisonnable d’opter plutôt pour une fin du monde proche, plutôt que lointaine, basé sur notre propre place dans le nombre total d’humains qui vivront. The doomsday argument, ou l’argument de l’apocalypse a été formellement proposé par l’astrophysicien Bertrand Carter en 1983 et a gagné plus ou moins d’intérêt au fil des années. Mais il a également été critiqué pour son caractère statistique. La critique la plus évidente est qu’un homo sapiens vivant il y a 100 000 ans, se trouve également en position où il peut dire que baser sur sa naissance, il est plus probable que l’humanité disparaissent lorsqu’il y aura 1 milliard d’humains ayant vécu plutôt que 10 milliards. Pourtant, nous sommes toujours là.

L’astrophysicien John Richard Gott va encore plus loin avec cet argument en donnant une probabilité de 50% que nous allons nous éteindre à un moment au cours des 770 prochaines années. Ce qui est énorme quand même ! Pour comprendre comment il en arrive à ce chiffre, traçons une liste chronologique à l’horizontale représentant chaque humain qui a vécu ou aura vécu. 0% pour les premiers humains, 100% pour les derniers. La moitié des personnes qui vivront seront dans la première moitié de la liste. Le reste est dans la seconde moitié. C’est nécessairement vrai, peu importe le nombre total d’humains qu’il y aura.

Je pourrais très bien être un humain vivant au tout début de l’histoire de l’humanité, donc ici. Ce qui signifie qu’il y aura des trillions d’humains en tout, pendant des millions d’années, ou alors je fais partie des derniers et je me trouve ici. Donc notre extinction arrivera bientôt. Si j’affirme que la fin du monde est plus proche que le début de l‘humanité, cela veut dire que je pense me trouver quelque part dans la zone rouge. Mais la probabilité de mon affirmation ne peut être autre que 50/50. C’est soit l’un, soit l’autre. Car je suis soit dans la 1ere moitié, soit dans la 2e moitié.

Mais comme on l’a vu, il est estimé que le nombre total de personnes ayant vécu est d’environ 107 milliards. Cela signifie qu’environ 105 à 107 milliards de personnes sont nées avant moi, tout dépend de votre âge. Donc si je veux savoir la date maximum qui nous reste avant l’extinction en pensant toujours que la fin du monde est plus proche que le début de l’humanité, je dois me demander dans combien de temps la population humaine ayant vécu sera de maximum 2X celle qui a vécu jusqu’à aujourd’hui. Donc à peu près 200 milliards.

Actuellement, environ 130 millions de personnes naissent chaque année. À ce rythme, il ne faudrait qu’environ 770 ans pour que 100 milliards de personnes supplémentaires naissent. C’est comme cela que John Robert Gott peut affirmer qu’il y a 50% de chances que les êtres humains disparaissent dans les 770 prochaines années. Ça pourrait arriver demain ou dans 10 ans, ou dans 300 ans, mais maximum l’an 2789. Pas très précis, mais c’est déjà mieux que le simple hasard.

Après il y a quand même plusieurs facteurs qui joue sur ce chiffre, notamment le postulat que la population va croître chaque année de 130 millions. On a vu dans cet épisode-là qu’il est raisonnable d’envisager un déclin de l’indice de fertilité. Dans ce cas, l’extinction serait reculée. De plus, si l’espèce humaine évolue assez rapidement en une espèce plus avancée grâce à une fusion avec nos technologies, il n’est pas clair si ces posthumains appartenaient à la même classe de référence que nous et donc si l’argument de l’apocalypse devrait être appliqué. Mais d’une manière générale, l’argument de l’apocalypse apporte un peu de relativisme à la vision d’une humanité colonisant la galaxie pendant des millions d’années. Le fait que notre espèce soit capable d’un avenir long et radieux ne signifie pas que c’est probable. En faite, il s’avère que c’est improbable.

Personnellement, je trouve que c’est un argument intéressant et convaincant, mais fondamentalement imparfait et réfutable. Les argumentaires jouant sur les probabilités et les statistiques ont souvent des failles. Car il y a la possibilité de réfuter cet argument avec un autre. Disons que si j’essaie de choisir entre l’hypothèse 1, selon laquelle 200 milliards d’êtres humains naîtront avant l’extinction, et l’hypothèse 2, selon laquelle 200 000 milliards d’êtres humains sont voués à exister. La chance que j’existe en tant qu’être humain est mille fois plus grande avec l’hypothèse numéro 2 qu’avec la 1. Cela me donne une raison de penser que la deuxième hypothèse est plus susceptible d’être correcte. Donc qu’il y aura 200 000 milliards d’humains et que l’extinction sera lointaine.

On a donc deux arguments probabilistes qui s’opposent. Il faut donc prendre ce doomsday argument, cet argument de l’apocalypse, comme un avertissement plutôt que comme une prédiction. Il y a certes 50% de chance que l’humanité disparaisse dans ce millénaire, mais il y a aussi 50% de chance pour qu’on passe l’an 3000. Donc, ne paniquons pas non plus ! Et surtout, faisons tout pour minimiser les risques en prenant soin de la planète, en régulant les technologies disruptives et en bannissant les armes de destruction massive. Je pense que ça aiderait beaucoup …

Références :

https://hilo.hawaii.edu/campuscenter/hohonu/volumes/documents/TheEndofDays-TalesofApocalypseAcrossTimeandSpaceArielMoniz.pdf

https://www.youtube.com/watch?v=WFFzABwTFJo&list=WL&index=8&t=0s

https://www.vox.com/the-highlight/2019/6/28/18760585/doomsday-argument-calculation-prediction-j-richard-gott

https://en.wikipedia.org/wiki/World_population_estimates

https://www.worldatlas.com/articles/what-are-the-different-blood-types.html

 

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