Une base lunaire comme tremplin vers le système solaire

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Une base lunaire comme tremplin vers le système solaire
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La Lune est l’objet céleste le plus proche de notre planète, et donc un objectif logique dans notre ambition d’expansion spatiale. Mais depuis qu’on a posé le pied dessus la dernière fois en 1972, on constate que rien de bien excitant n’est arrivé sur notre satellite. Toutefois, les choses semblent changer ce qui ouvre la perspective d’une nouvelle ère de l’exploration lunaire. Et on va finir par se retrouver avec un embouteillage autour de notre satellite.

Le secteur privé dans l’espace

Un des facteurs majeurs de ce regain d’intérêt c’est la réduction des coûts de lancement des fusées et l’arrivé de nouveaux acteurs dans le secteur spatial. Autrefois réservées uniquement aux agences gouvernementales, des entreprises privées sont désormais dans la course et elles apportent leurs lots d’innovations technologiques. Avec en tête, les lanceurs réutilisables. Et oui, si à chaque fois qu’on faisait un trajet en voiture, elle explose une fois arrivée à destination, ce serait un moyen de transport très cher et peu utilisé. Même idée avec les fusées. Space X et Blue Origins sont les deux entreprises privées les plus en avance, et les plus médiatisés puisque dirigés par des sortes de Tony Stark.

Mais il se trouve que le premier véhicule financé par le secteur privé à atterrir sur la Lune est Israélien. Appartenant à l’entreprise Space IL. C’était le 11 avril 2019 durant la mission Beresheet. Bon, pour être exact, l’engin s’est écrasé sur la surface lunaire suite à un malfonctionnement. Mais quand même, cela montre l’exemple d’une nouvelle ère de l’exploration spatiale, financé par le privé. Et ça reste un exploit qui a du mérite.

La clé pour que le secteur privé s’aventure sur la Lune c’est bien entendu de trouver un business modèle qui justifie les investissements colossaux nécessaires. Et les traces suspectées de glace enfouie sous la surface de la Lune pourraient se montrer décisives. L’entreprise américaine Moon express et l’entreprise japonaise Ispace ont révélé leurs intérêts pour extraire cette eau lunaire. Sachant que la Lune contient également du dioxyde de carbone ou encore de l’azote, il semblerait que nous avons là les éléments nécessaires pour commencer une industrie non pas off shore, mais off-planète afin de fabriquer du carburant pour fusée notamment, ce qui pourrait transformer la lune en station d’essence cosmique.

Une autre voie pour se faire de l’argent, c’est dans le service de livraison. En gros, avoir une poste lunaire qui envoie des cargos entre la Lune et la Terre. Jeff Bezos avec sa société Blue Origin a récemment dévoilé son véhicule Blue moon, prévu pour alunir avec 4,5 tonnes de cargos. Après avoir révolutionné le service de livraison sur Terre avec Amazon, le monsieur continue dans sa lancée. Lancement prévu pour 2024 grâce à sa fusée New Glenn.

Une autre fusée qui pourrait décoller pour la lune aux alentours de 2024 c’est le “starship” de SpaceX. Autrefois appelé BFR. La fusée en cours de construction, et qui sera la plus grosse jamais construite, est destiné à un voyage sur Mars. Mais elle sera testée tout d’abord lors d’un voyage autour de la Lune avec à son bord 8 à 10 personnes. Le milliardaire Japonais Yusaku Maezawa a déjà acheté toutes les places et compte inviter des artistes, peintres, réalisateur, musiciens, romancier. C’est donc une sorte de projet d’art unique qui aura lieu et le premier voyage touristique vers la Lune.

L’exploration lunaire et les agences gouvernementales

Mais les agences spatiales gouvernementales sont également intéressées par l’exploration lunaire. La Chine a posé un robot sur la face cachée de la Lune en début d’année 2019, ce qui est une première et ils ont bien l’intention d’envoyer leurs propres astronautes, question de fierté nationale. L’Inde devrait être les prochains sur la liste des nouveaux venus avec plusieurs missions prévues cette année. La Nasa, qui a multiplié les missions sur Mars ces dernières décennies, tourne à nouveau les yeux vers la Lune avec l’objectif d’un retour d’astronautes prévu pour 2024. Mais cette fois-ci, l’ambition n’est pas juste de trottiner et de collecter des cailloux pour montrer au Soviétique qui a la plus grosse, mais bien d’établir les bases d’une présence permanente.

Ce qui signifie base lunaire. Et là, j’ai des petites étoiles dans les yeux. Mais avant de parler hôtel de luxe, résidence avec vue sur la Terre et parc d’attractions à faible gravité, on va commencer petit.

Moon Village Association

Lorsque l’on parle de base lunaire, il existe un groupe d’experts International qui y pense de façon concrète. Il s’agit de “Moon village association”. J’ai eu le privilège d’être en contact avec certains de ses membres et en apprendre plus sur le sujet afin d’avoir des réponses sur des questions techniques, financières et culturelles.

Il s’agit donc d’une communauté d’intervenants telle que des gouvernements, des industries, des ONG, des universités, et dans le public, tous intéressés à coopérer mondialement pour une exploration et une colonisation pacifiques de la Lune. Elle regroupe environ 220 membres de plus de 39 pays et représente un large éventail de domaines que ce soit techniques, scientifiques et culturels.

Les principaux défis pour établir une base lunaire c’est la réduction des coûts de transports et améliorer ce qui s’appelle l’utilisation des ressources in situ. C’est-à-dire l’ensemble des techniques consistant à utiliser les matériaux trouvés sur place pour produire des consommables comme du carburant pour le trajet retour, eau et oxygène pour l’équipage humain. L’objectif est de réduire la masse à lancer depuis la Terre et donc de limiter les coûts d’une mission.

Une base lunaire sera dans un premier temps un avant poste ou une dizaine de scientifiques peuvent vivre et travailler pendant plusieurs mois. Au final quelque chose de similaire à la station internationale, mais sur la Lune. Le but sera de préparer les futures missions, d’explorer les ressources disponibles et d’en apprendre plus sur la formation de la lune et du système solaire. Toujours des informations utiles quand on est une espèce curieuse comme la nôtre.

Ensuite, on pourrait entreprendre de construire un radiotélescope sur la face cachée de la Lune qui sera protégé des interférences électromagnétiques de la terre pour écouter l’univers et donc peut-être entendre des petits hommes verts. On pourra aussi étudier comment le corps humain s’adapte à la vie sur un autre corps céleste pendant une très longue période de temps ce qui sera très utile dans le but d’aller coloniser la planète Mars. Si notre but c’est vraiment d’aller vivre sur d’autres planètes dans le Système solaire alors la lune et une étape logique pour engranger de l’expérience.

Une des ressources clés sur la Lune c’est le régolithe, qui pourrait être utilisés pour construire les structures nécessaires. Probablement à l’aide d’une imprimante 3D fonctionnant à l’énergie solaire. Car s’il faut importer nos matériaux de construction ça va vraiment être très cher. Une autre solution serait d’envoyer des modules à chaque mission un peu comme on le fait avec la station spatiale internationale. De nombreux design montre qu’un habitat sur la Lune pourrait ressembler à une sorte de colline, car il est nécessaire d’avoir une bonne épaisseur entre l’intérieur et l’extérieur pour protéger les habitants des fortes radiations du Soleil et des températures extrêmes: très chaud la journée et très froid la nuit. L’intérieur des habitats sera certainement similaire à l’intérieur de l’ISS.

exploration lunaire

En termes d’énergie, le solaire sera privilégié puisque la Lune ne possède pas de nuage. Le soleil brille tous les jours. L’énergie nucléaire sera utilisée essentiellement pour le chauffage nocturne. L’entreprise japonaise Shimizu a carrément l’ambition de construire un anneau de panneau solaire autour de la Lune, qui transmettra ensuite l’énergie via des rayons laser et micro-onde à des stations sur la Terre. Ça parait fou, mais j’imagine qu’un barrage hydraulique ou un tunnel sous le mont-blanc paraissait également fou au moyen âge.

La question de la santé mentale est toujours pertinente lorsque l’on imagine enfermer des gens dans un environnement hostile pendant des mois. Mais la station spatiale internationale nous a donné beaucoup d’informations sur le sujet.

Ensuite il y a des questions juridiques et culturelles qui se posent. Est ce qu’un pays ou une entreprise pourrait s’approprier des territoires sur la Lune? Il existe déjà des traités concernant la présence humaine dans l’espace, comme le “Outer space treaty” et un code de conduite est en cours de développement qui aura pour but de réguler l’utilisation des ressources sur la Lune. Donc il y a peu de chance pour que la Lune ne devienne une mine géante aux mains d’une corporation sans scrupule. Un des objectifs de l’association MVA est d’établir un code de conduite pour les activités sur le sol lunaire.

Selon les différents experts du MVA qui ont répondu à mes questions, si les défis techniques et financiers sont résolus, il est tout à fait possible d’envisager une population allant de quelques milliers à plusieurs millions d’ici un siècle. Dès lors, la Lune pourrait être gérée par un gouvernement si les communautés se regroupent, voir même devenir une planète-état. Ça parait fou aujourd’hui, mais on parle d’un ou deux siècles dans le futur, pas quelques décennies. Et je ne suis pas sûr que les premiers colons américains ou australiens imaginaient ce qui allait devenir de ces régions du monde dans un ou deux siècles dans le futur.

Allez sur la Lune sera surement un jour, aussi banal que s’offrir un séjour sur les îles Fidji. Partir en lune de miel aura donc un sens bien plus … concret.

La Lune : Un planning chargé

On va regarder ensemble les missions prévues pour les prochaines années et comment un centre de recherche, base, colonie et même un village lunaire pourrait voir le jour.

On pourrait se dire que, quitte à réunir les meilleurs ingénieurs, les ressources et le temps dans l’élaboration d’une colonie sur un astre extraterrestre, autant aller directement sur Mars, là où aucun humain n’a posé le pied. Puis ensuite s’étendre dans le reste du système solaire.

Ne vous méprenez pas, le projet d’établir une colonie sur Mars est incroyablement excitant, et on fera surement notre premier pas sur le sol martien avant 2050. Mais si les humains souhaitent y ériger une présence permanente, nous devrons envoyer des milliers de tonnes de matériaux de la Terre à la surface de la planète rouge, en plus des humains. Ce qui implique des centaines d’aller-retour sur un trajet qui prend environ 9 mois. C’est ce que SpaceX espère faire avec son vaisseau Starship.

Mais passer du sol à l’orbite basse terrestre coûte 50% de plus que de démarrer en orbite basse et d’atterrir sur la Lune. C’est pour cela que nous nous retrouvons avec des fusées principalement constituées de carburant, de métal et d’un petit payload comme un satellite ou une capsule habitée. Autrement dit, la gravité terrestre est la plus grande barrière énergétique à l’exploration spatiale.

À cause de sa taille, la gravité de la Lune est beaucoup plus faible que celle de la Terre. De plus, elle se trouve au bord extérieur du puits gravitationnel terrestre, ce qui signifie qu’une fusée décollant de la Lune ne se bat pas contre la gravité terrestre. En conséquence, les fusées ont besoin de presque 5 fois moins d’énergie pour décoller de la surface de la Lune que de la Terre. On pourrait donc embarquer bien plus de cargos pour Mars. Les avantages énergétiques sont clairs, encore faut-il pouvoir fabriquer du carburant sur place. C’est justement ce qu’offre l’existence de glace présente dans les endroits n’ayant pas vu les rayons du soleil depuis des millions d’années.

Les entreprises privées, en plus du transport et du ravitaillement, sont de plus en plus tentées par la possibilité d’extraire cette glace lunaire. Avoir de l’eau sur la Lune est évidemment une bonne chose pour les humains. Et oui, c’est dans le top 2 de ce qui est essentiel pour notre survie. Avec en 1re position… l’oxygène. Que l’on peut aussi récupérer de l’eau. Décidément la glace sur la lune est vraiment une bonne nouvelle. Mais surtout cela nous offre la possibilité de fabriquer du carburant pour fusée. Ce qui ouvre la voie à une industrie. Un facteur clé pour accélérer le développement d’une présence humaine dans un nouvel endroit.

L’accessibilité de la Lune, la faible barrière gravitationnelle et le potentiel économique des ressources sont les raisons pour lesquelles certains soutiennent qu’il est important de s’établir sur la Lune avant d’entreprendre la même chose sur Mars.

Autrement dit, la Lune pourrait devenir une station de ravitaillement, réduisant radicalement les frais de voyage dans l’espace. Des coûts qui ont déjà chuté drastiquement due aux récentes innovations dans les fusées, désormais réutilisables grâce à l’apport d’entreprises privées comme SpaceX et Blue Origin.

Les prochaines missions :

La NASA est en plein dans le programme Artémis, sœur d’Apollo pour les connaisseurs de la mythologie grecque. S’il suit son cours sans obstacle majeur, les astronautes américains retourneront sur la Lune en 2024. Vu que les délais sont courants, surtout si on prend en compte Covid-19, on va plutôt dire deuxième moitié de la décennie. Avec à leur bord, la premiere femme et Afro-Américain à fouler le sol lunaire. 50 ans plus tard, il était temps ! Ils ont quand même eu 6 occasions de le faire, mais mieux vaut tard que jamais comme on dit.

La NASA travaille au lancement d’Artémis I en fin d’année 2021, un vol sans équipage pour tester la fusée SLS et le vaisseau spatial Orion. Artémis II, le premier essai en vol avec équipage, devrait être lancé en 2022. Ensuite en 2024, la mission Artémis 3 enverra quatre astronautes pour leur voyage de plusieurs jours en orbite lunaire. Sur place, deux membres d’équipage seront transférés au système d’atterrissage humain HLS de SpaceX, qui a été choisi en avril 2021 pour être un contracteur. Après environ une semaine d’exploration, ils retourneront sur Terre.

Une partie importante du programme Artémis est le Gateway, une mini-station spatiale en orbite autour de la Lune qui servira de centre de communication, de laboratoire scientifique, de module d’habitation à court terme et de zone de stockage pour les rovers et autres robots.

La phase 2 du programme Artémis se concentrera sur des installations permanentes d’ici la fin de la décennie 2020. Artémis Base Camp est la base lunaire potentielle qui a été proposée. Cette dernière doit comprendre un module d’habitation, un système de production d’énergie, des équipements permettant d’exploiter les ressources in situ (eau, oxygène, matériaux de construction) et deux types d’astromobile (pressurisé et non pressurisé).

Les scientifiques et ingénieurs tentent de déterminer l’emplacement précis du Artémis base camp. Il y a deux caractéristiques clés parmi les nombreux éléments à prendre en compte: le site doit profiter de la lumière du soleil presque continue pour alimenter la base en électricité grâce à des panneaux solaires, ainsi que modérer les variations de température extrêmes, et il doit offrir un accès facile aux zones d’obscurité complète qui possède de la glace. Généralement dans des cratères d’astéroïdes qui peuvent avoir des températures descendant jusqu’à -240C.

La région du pôle Sud semble être la seule qui réunit ces deux conditions. La lumière aux sommets des cratères pourrait être directement canalisée dans les profondeurs grâce à des miroirs où elle chaufferait la glace et la transformerait en vapeur. De là, l’eau condensée serait acheminée vers une usine de traitement et séparée par électrolyse en hydrogène et oxygène. Ces gaz pourraient ensuite être stockés et utilisés comme carburant ou pour des piles à combustible. Actuellement, le cratère Shackleton est la cible principale de cet avant-poste.

Une fois la phase 2 achevée, l’avant-poste deviendra progressivement une base plus importante et le tout prendra de plus en plus des allures de spatioport. Et Mars sera alors un objectif bien plus réaliste. Ceci dit, cela n’empêche pas une mission habitée vers Mars avant que de solides infrastructures soient établies sur la Lune. Elon Musk paraît déterminé et c’est très bien d’avoir des pionniers prêts à redoubler d’innovation pour atteindre leur objectif que tout le monde juge impossible. Mais ce sera une mission avant tout pour marquer les esprits, faire rêver, inspirer, planter un drapeau, collecter plein de cailloux et revenir à la maison. Une base permanente sur Mars ne me semble pas réaliste tant qu’on enverra du cargo depuis la Terre. Pour les raisons que j’ai évoquées plus tôt. Ou alors il faudrait une révolution soudaine dans la propulsion de fusée.

Une idée qui séduit les astronomes est d’avoir un observatoire sur la face cachée de la lune, constamment à l’abri des interférences de la Terre. Il pourrait être en partie assemblé sur terre et envoyé à la station orbitale lunaire Gateway, en plus d’être fabriqué sur la lune grâce à l’impression 3D. Vu que la face cachée n’est pas très hospitalière, l’observatoire serait contrôlé depuis la base au pôle sud.

Pour son programme Artémis, la NASA va collaborer entre autres avec l’agence spatiale européenne, Japonaise, Britannique, Canadienne, Australienne et les Émirats arabes unis.

Mais, vous allez me dire qu’il manque deux acteurs de taille dans cette liste.

En effet, la Chine ne peut pas légalement participer de manière substantielle à Artémis, du moins sans une nouvelle législation américaine. Depuis 2011, il est interdit à la NASA de coopérer sur des projets spatiaux avec ses homologues chinois, à moins que le Congrès n’approuve cette collaboration à l’avance.

Du coup, il se tourne vers la Russie pour coopérer à la construction d’un avant-poste de recherche lunaire sur la Lune. L’International Lunar Research Station (ILRS). L’Administration spatiale nationale chinoise et Roscosmos – l’agence spatiale russe – en ont fait l’annonce dans un mémorandum daté du 9 mars 2021. Cette collaboration ne sera pas fermée puisqu’ils ont également invité des partenaires internationaux. Contrairement à la NASA, on trouve un peu moins d’informations sur leur calendrier. Mais la Chine est un acteur qui démontre de plus en plus ces capacités dans l’aérospatial, donc on peut compter sur eux pour poser le pied sur la Lune, et plus vite qu’on ne le pense.

L’agence chinoise a déjà lancé des missions robotiques sur la Lune et sur Mars et a atterri avec succès sur la face cachée de la Lune, ce qui en fait le seul pays à accomplir cet exploit. Les responsables chinois ont défini les missions qui serviront de premier pas vers la réalisation d’une base lunaire. Cela commencera par Chang’e-6, qui récupérera des échantillons du pôle Sud de la Lune, suivi de Chang’e-7 qui tentera de collecter des données sur les ressources disponibles autour de l’emplacement où la base lunaire pourrait être construite. Chang’e-8 testera ensuite les technologies qui alimenteront la base. Ce sera la dernière mission avant que la Chine ne commence la construction d’un avant-poste, selon le calendrier prévu.

On a donc deux programmes de bases lunaires en compétition. Ça sent la course à l’espace ! On peut voir ces deux futures bases comme rivales, mais on peut aussi le voir de la même manière qu’un village lunaire. C’est justement l’idée que met en avant la Moon Village Association. Elle comprend des membres de plus de 47 pays à travers le monde impliquant des industries, des gouvernements, des agences spatiales, des organisations internationales et le grand public. L’objectif principal est de favoriser la coopération pacifique de l’exploration lunaire en créant un esprit communautaire. En d’autres termes, un village d’un point de vue métaphorique.

Mais quand est-il des risques propres aux conditions lunaires ?

Vu que la Lune n’a pratiquement pas d’atmosphère ou de champ magnétique, les résidents lunaires devront trouver comment s’abriter des radiations solaires, rayons cosmiques et micrométéorites. Une solution pratique serait d’exploiter les falaises, les canyons, les grottes et les tubes de lave causés par les anciennes activités volcaniques. Mais ça implique probablement des machines de forage ce qui pose des défis logistiques de taille.

Une autre solution plus simple serait de construire les habitats sur la surface et de recouvrir les modules de régolithe. En effet, le sol lunaire est composé d’un mélange unique de silice et de fer qui peuvent être transformés en brique suivant différents procédés. Avec l’impression 3D, il est envisageable que des habitats soient construits sur place, associés à des modules gonflables. Mais le régolithe n’offre pas que des avantages. Cette fine poussière s’insinue partout et pourrait endommager les véhicules, machines, outils et surtout l’organisme. C’est pourquoi il est proposé que les sites d’atterrissage soient situés loin des activités humaines pour éviter au maximum d’éjecter des nuages de poussière.

Un autre problème concerne les effets de la faible gravité sur l’organisme. Les humains n’ont pas été façonnés par l’évolution pour vivre ailleurs que sur Terre. Ce qui cause une perte de densité osseuse et de masse musculaire. Se-Jin Lee, généticien à l’Université du Connecticut, a pu envoyer une équipe de souris à l’ISS en décembre 2019. Certains des animaux ont été modifiés pour ne pas avoir de gène qui supprime la croissance musculaire, certains ont été traités avec un médicament expérimental qui fonctionne de manière similaire, et d’autres ont servi de témoins non modifiés. Les souris modifiées et traitées ont non seulement maintenu leur masse musculaire dans l’espace, mais ont même développé une meilleure densité osseuse par rapport aux souris non traitées. Ce qui offre de possibles traitements pour ceux qui souhaitent s’établir sur la lune sur de longues périodes de temps.

Si nous surmontons ces obstacles, la lune sera bel et bien un candidat pour l’expansion permanente d’homo sapiens dans le système solaire.

On parle généralement de colonisation pour décrire l’acte d’installer une communauté loin de son lieu d’origine. Bien que ce soit une définition neutre, après tout les plantes et insectes sont aussi des sujets de colonisation, ce terme est chargé d’un halo négatif. En effet, il implique couramment une culture établissant un contrôle souvent violent et discriminé sur une population native. Doit-on garder le terme colonisation lorsqu’on se réfère à l’espace ? Y a- t-il des alternatives ? Peut-on faire la différence entre colonisation et colonialisme ? Ces questions dépassent la portée de cette vidéo. En anglais, le terme “settlement” est souvent utilisé dans le contexte spatial, mais en français, ça donne “Implantation”. Implantation spatiale … pas terrible. Personnellement, j’aime beaucoup le terme expansion spatiale comme vous avez peut être pu le constater. Puisqu’il encapsule non seulement l’idée d’étendre la présence humaine dans l’espace, mais également d’augmenter la portée et la définition de l’humanité. Une expansion presque spirituelle au final. Comme si augmenter notre présence dans l’espace nous fera grandir en tant qu’espèce. Cela rejoint des aspects du cosmisme russe.

Historiquement, les Européens se sont établis dans diverses régions du monde en suivant 3 étapes.
– La 1re est une expédition financée par un gouvernement qui découvre une nouvelle région. Une fois le drapeau planté, les explorateurs retournent à la maison.
– Ce n’est que lors de la deuxième étape que des pionniers s’installent dans des avants-postes permanents, mais ils dépendent toujours des ressources de la mère patrie.
– La 3e étape marque la véritable naissance d’une colonie autonome avec de grandes opportunités économiques, une immigration constante et la création de nouvelles richesses qui bénéficie au pays d’origine.

Oh et on peut rajouter l’étape du massacre des populations natives et l’assimilation culturelle. Mais celle-là n’aura pas lieu sur la Lune … à moins que !!

La première étape a déjà été accomplie en 1969. Le programme Artémis et la station de recherche russe/chinoise complèteront la deuxième étape. À partir de la, les infrastructures de base seront en place pour enclencher la 3e étape. Les entreprises privées profiteront des opportunités économiques comme le transport de cargos, l’extraction minière, la raffinerie de carburant, la production agricole, la restauration, le nettoyage des panneaux solaires. La population va croître rapidement, ajoutant de nombreuses autres professions en plus des scientifiques et ingénieurs. Le tourisme jouera forcément un rôle avec des agences de voyages et peut être des attractions à faible gravité. De nouveaux sports pourraient même faire leur apparition.

Certains grands événements marqueront à jamais les livres d’histoire. Des plus positifs comme la 1re lune de miel au sens littéral et le 1er bébé extra-terrestre au plus macabre comme le premier meurtre, voir le premier conflit militaire sur la lune. Lorsqu’une technologie nous permet d’évoluer dans un nouvel environnement, il devient très vite un champ de bataille. Sur terre, dans les airs, sur les océans et sous les mers. L’espace et la lune ne feront surement pas exception.

Ensuite, on entre dans la spéculation et les récits de science-fiction. Certains envisagent la création d’un ascenseur spatial, ou d’une catapulte électromagnétique pour la propulsion en orbite sans fusée. D’autres imaginent l’indépendance de la lune et la création d’une nouvelle nation. Dans tous les cas, une présence permanente de l’humanité sur la lune sera la première étape vers une colonie martienne et l’expansion dans le reste du système solaire.

Si vous êtes intéressé par ces visions de colonie lunaire, je vous conseille la série “For all mankind”. C’est une uchronie qui part d’un événement historique contre-factuel, à savoir que c’est l’URSS, et non les états unis qui ont posé le pied sur la lune en premier. S’ensuit une course à l’espace qui ne s’arrête jamais tout au long de la guerre froide. Je ne veux pas vous spoiler donc j’arrête là, mais disons qu’il y a des choses très intéressantes sur l’établissement d’une présence permanente sur la lune.

On peut aussi citer Ad Astra, 2001 l’odyssée de l’espace et The expanse qui offrent des visions plausibles d’une ville lunaire.

Pour aller plus loins, retrouvez ma conversation complète de 90 minutes avec Giuseppe Reibaldi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la moon village association, je vous invite à vous rendre sur le site moonvillageassociation.org ou vous trouverez de nombreuses infos et la possibilité de faire un don ou rejoindre cette communauté.

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