Warlord-017 // #07 : Le Checkpoint

Vous lisez l'épisode 09/10 du roman feuilleton Warlord-017

 //// Le Checkpoint ////

Je bouclais mon harnais et rebranchais mon casque sur la radio de bord. En reprenant en main les leviers de contrôle du Mécha, j’annonçais :

<MRC> Le Pilote aux commandes

Je me tournais alors vers TJ, dont l’éternel sourire avait disparu au profit d’une expression tendue et concentrée.

— TJ, rapport d’état, lâchais-je en scrutant mes instruments du coin de l’œil.
— Oui Major. Moteur stable à 280 tr/min, hydraulique à 875 bar et carburant à 87 %, vitesse de marche à 27 km/h, égrena-t-il.
— Excellent, commentais-je, va verrouiller l’écoutille médiane pendant que je fais l’appel.
— À vos ordres Major.

Pendant que TJ s’extrayait de son siège et grimpait les quelques barreaux de l’échelle, j’entamais l’appel :

<MRC> À tous les postes, rapport de situation.

Les réponses ne se firent pas attendre. La réactivité de cet équipage m’impressionnait au plus haut point.

<NLS> Ici le Compartiment d’Artillerie, le canon est prêt. Toutes écoutilles verrouillées. En attente d’ordres.

<RXN> Ici le Compartiment Électronique, les numériques sont prêts. Toutes écoutilles verrouillées. En attente d’ordres.

De notre côté, Terrance avait verrouillé l’écoutille médiane et était revenu à son poste. Simultanément, nous vérifiâmes tous deux que nos écoutilles avant étaient verrouillées et nous échangeâmes un signe de tête.

<TRC> Ici le Compartiment Pilotage, tous les voyants sont au vert. Toutes écoutilles verrouillées. En attente d’ordres.

Juste après l’annonce de Terrance, je complétais :

<MRC> Ici le Second. Commandant, tous les compartiments sont prêts et verrouillés. Le Mécha attend vos ordres.

<JNS> Merci XO. Radio, passez le Mécha en mode NRBC. Chargeur, un obus AP. Tireur, soyez prêt à engager les cibles désignées. Opératrice EW, préparez les secondaires. Pilote, en avant toute, rejoignez le Checkpoint le rapidement possible.

Il n’y eut aucune confirmation, tout le monde connaissait son boulot et s’activa au plus vite.

J’écrasais la pédale d’accélérateur, plaquant tout le monde dans le fond de son siège pendant un court instant. Le W16 monta dans les tours avec un rugissement terrible.

Au fur et à mesure de la montée en puissance, je jouais de l’embrayage et du levier de vitesse, tout en équilibrant la marche à l’aide des leviers contrôlant les jambes. Parallèlement, je réglais la pression des différentes servitudes à grand renfort de boutons et d’interrupteurs. J’étais comme un joueur d’orgue en plein crescendo.

Terrance me regardait, bouche bée. Je lui adressais un clin d’œil. Il reprit contenance, puis commença à s’activer.

Dans les hauteurs du Mécha, le verrou de culasse du 205mm émit un gémissement quand l’hydraulique lui ordonna de s’abaisser.

Il y eut ensuite un bruit évoquant une essoreuse à salade (mais remplie de boulons), signe que les auto-loaders des canons automatiques entraient en rotation et chargeaient les bandes d’obus de 50 mm dans les magasins internes des canons.

Du coin de l’œil, je vis Terrance manipuler les commandes du panneau contrôlant l’atmosphère du Mécha.

Passer en mode NRBC consiste à filtrer l’air extérieur (en étant prêt à basculer sur une réserve d’oxygène si nécessaire) tout en maintenant la pression interne à 1.5 bar, afin d’empêcher l’air extérieur de pénétrer en cas de fuite ou de brèche.

<TRC> Filtration OK. Attention les oreilles, j’augmente la pression. 1,1 bar. 1,2 bar. 1,3 bar. 1,4 bar. 1,5 bar.

Au fur et à mesure qu’il égrainait les mesures de pression, je sentais l’air s’épaissir et mes oreilles en ressentir les effets. Comme on m’avait appris dans la Marine, je compensais en jouant de la mâchoire.

<TRC> Pression OK. Pas de fuite détectée. Faites un test masque.

J’attrapais mon masque à oxygène et le détachais de mon gilet. Je branchais la prise d’arrivée sur l’ouverture prévue à cet effet, située sur mon siège. Il y eut un court sifflement d’air, signifiant que l’oxygène arrivait dans le tuyau.

Avec des gestes maintes fois répétés, je l’accrochais à mon casque puis le plaquais sur le bas de mon visage. Comme avec un détendeur de plongée, le fait d’inspirer et d’expirer active automatiquement l’arrivée d’air.

Sur le panneau de contrôle atmosphérique, des diodes s’allumèrent en cadence pour signaler le fonctionnement des masques de l’équipage. Par acquit de conscience chacun confirma sur la radio de bord le fonctionnement de son masque, avec une voix légèrement étouffée.

<OLF> Chargeur, masque OK.

<NLS> Tireur, masque OK.

<JNS> Commandant, masque OK.

<RXN> Opératrice, masque OK.

<MRC> Pilote, masque OK.

<TRC> Radio, masque OK. Merci tout le monde.

Je décrochais l’attache gauche de mon masque, afin de ne pas consommer d’oxygène jusqu’à ce que ça soit réellement nécessaire.

Un raclement métallique nous indiqua qu’Olaf venait de glisser un obus, de presque 50 kg, dans la chambre de sa pièce. Juste après, le verrou de culasse émit un claquement sec en revenant en position haute.

<OLF> Engagé.

Juste après, les auto-loaders se turent et la confirmation de Roxane ne se fit pas attendre.

<RXN> Secondaires chargés.

De mon côté, mon compteur indiquait désormais que le Mécha marchait à 60 km/h.

<MRC> Commandant, machines en avant toute, pleine vitesse. ETA jusqu’au Checkpoint, 7 minutes.

<JNS> Reçu. Équipage, tenez-vous prêt. Cette fois, c’est du sérieux.

 


 

Dans mon épiscope, et sur les écrans des caméras extérieures, le monde bascula dans la pénombre. Le Mur du Rideau de Fer nous dominait de toute sa hauteur. Malgré les respectables 12 mètres de notre machine, 40 mètres de béton armés nous toisaient avec morne et mépris.

Un barrage gigantesque empêchant la haine et l’horreur de la Zone Européenne de se déverser sur le reste du continent.

Instinctivement, je commençais à ralentir la marche du Mécha en mettant le pied sur le frein. L’instant d’après, l’ordre de Jonas résonna dans mon casque :

<JNS> Pilote, en avant lente. Ne nous précipitons pas.

<MRC> En avant lente, bien reçu.

J’appuyais doucement sur la pédale de frein, tout en réduisant la longueur des foulées de la machine. J’étais subjugué par la réactivité des jambes que Jonas et son équipe avaient installées sur le Mécha. En plus d’être un bonheur absolu à manipuler, elles étaient d’une stabilité exemplaire.

<JNS> Opératrice, quelque chose sur le radar ?

<RXN> Le Mur obscurcit mon horizon, Commandant. Tant qu’on ne sera pas passé de l’autre côté, je ne verrais rien.

<JNS> Compris. Radio, quelque chose sur le trafic ?

<TRC> Négatif Commandant. Et d’ailleurs, c’est étrange. Depuis 250, peut-être 300, mètres je n’ai que dalle sur les toutes les fréquences. Rien n’indique une défaillance de mes antennes, alors je pense qu’on est sous un brouillage. Et quelque chose de velu avec ça, je n’ai même pas de bruit blanc.

Je voyais clairement l’air intrigué de Terrance, le regard dans le vide, une main plaquée sur son écouteur, en train de balayer les fréquences.

<JNS> Huhum. Et la liaison satellite ?

<TRC> Stable et synchronisée. Qui que soit la personne qui nous brouille, elle n’a pas touché aux fréquences satellitaires. Ou alors, elle n’en a pas les moyens techniques.

Sur mon avant, la route m’apparaissait comme brutalement barrée. La RE40 s’arrêtait nette au pied du Mur. Les portes blindées du Point de Passage 15 étaient closes.

<MRC> Commandant, obstacle sur mon avant. Je stoppe.

Le moteur baissa progressivement dans les tours pendant que je faisais faire des foulées de plus en plus petites au Mécha, jusqu’à le stopper complètement, à une centaine de mètres des portes.

<JNS> Reçu. Opératrice, est que la liaison avec les systèmes automatisés du Checkpoint fonctionne ?

<RXN> Un instant… Oui, je l’ai. Je tente de me connecter…

Les caméras à l’intérieur de notre machine me renvoyèrent l’image de Roxane en train de pianoter à toute vitesse sur un de ses trois claviers.

<RXN> OK, je suis dedans. Je dois de signaler qu’c’est pas légal.

<JNS> Objection notée au journal de bord. La suite s’il te plait…

Je regardais Terrance avec l’air de dire « Un journal de bord ? Quel journal de bord ? » et ce dernier eut un rire nerveux.

<RXN> Diagnostic. J’ai accès aux portes… Trois caméras sur quinze… Et c’est tout.

<JNS> Rien sur les tourelles automatiques ?

<RXN> Rien. Détruites ou désactivées, pour ce que j’en sais…

<JNS> Scheisse ! Lance l’ouverture des portes et montre-nous les caméras.

<RXN> Roger, je m’en occupe.

Presque immédiatement, les gyrophares de la porte se mirent à tournoyer et une alarme commença à briser le silence de la campagne environnante.

<NLS> Elle a bon dos la discrétion. Si jamais ceux qui nous attendent de l’autre côté ignoraient notre arrivée, maintenant ils sont parfaitement au courant…

La remarque de Niels était justifiée. Ont n’étaient pas à l’abri de se faire attaquer sitôt le Mur franchit.

La porte commença à s’ouvrir dans un grincement abominable. 7 ans de guerre avaient mis le matériel à rude épreuve.

<OLF> Et moi qui espérais une mission calme, pour une fois…

Nos écrans supérieurs se mirent à clignoter puis nous renvoyèrent l’image des caméras. Deux d’entre elles étaient de notre côté du Mur et affichaient notre machine, gigantesque voyageur sur le seuil, avec une vue plongeante.

En revanche, à la vue des images renvoyées par la troisième caméra, l’ambiance à bord se fit lourde et silencieuse.

<JNS> Mein Gott

La caméra avait visiblement été la cible d’un tir, car l’image apparaissait bancale et tremblotante.

Les Points de Passage, répartis sur toute la longueur du Mur, étaient des points extrêmement bien fortifiés et défendus par plus d’une trentaine de militaires de la Coalition suréquipés et armés jusqu’aux dents.

Là, le Point de Passage 15 n’était que ruines et cadavres.

Les portes émirent un dernier grincement, les gyrophares s’éteignirent et l’alarme se tut.

<MRC> Commandant, les portes sont ouvertes.

Jonas ne répondit pas tout de suite, sans nul doute parce qu’il se refusait de croire ce que la caméra lui montrait.

<JNS> Reçu. Pilote, en avant lente. Observons la situation d’un peu plus près.

<MRC> Avant lente, bien compris.

J’appuyais doucement sur l’accélérateur et embrayais la marche.
Dans un bruit de vérins, cadencé par le ronronnement de son moteur diesel, le Mécha franchit les portes de son train de sénateur.
À peine le Mur franchi, un voyant clignota en rouge sur les instruments de Terrance.

<TRC> Commandant, je viens de perdre la liaison satellite.

<JNS> Relance une synchronisation, mais j’ai déjà un mauvais pressentiment…

Notre machine progressait maintenant sur une allée bordée de barricade en béton. Nos propres caméras, fixée sur la carlingue, nous renvoyait une vision complète de nos alentours immédiats.

L’ambiance à bord, déjà pesante, se fit sépulcrale. Chacun, les yeux écarquillés, contemplait avec horreur le « spectacle » qui s’offrait à nous.

 


 

Les deux tourelles automatiques de 90 mm, encadrant l’allée, avaient été réduites à l’état de masses métalliques informes.

Le bunker de commandement semblait avoir explosé de l’intérieur, propulsant des débris de béton et de corps dans un rayon de plusieurs mètres.

La colonne de fumée prenait sa source depuis les deux épaves de tank-drones, de type M1A5 Abrams II, qui se consumaient dans un ronflement infernal, parfois ponctué par la détonation sèche d’une munition piégée au cœur du brasier.

Un véhicule blindé non loin, destiné au transport des patrouilles, arborait un trou gros comme un ballon de basket dans son blindage latéral. L’impact avait été si violent que le châssis se retrouvait tordu la force cinétique.

Au milieu de ce qui ressemblait plus à un charnier qu’à un checkpoint militaire, étaient dispersés les corps des militaires de la Coalition.

L’attaque les avait surpris dans leur routine et la plupart étaient morts sur le coup, fauchés par les assaillants. Certains semblaient tous de même avoir eu le temps d’épauler leurs fusils magnétiques, mais le faible nombre de douilles au sol nous indiquait qu’ils n’avaient pas résisté bien longtemps.

Certains, mortellement blessés, semblaient avoir tenté de ramper à l’abri, mais leurs casques badigeonnés de sang montraient qu’ils avaient été promptement achevés.

Une véritable boucherie.

 


Warlord-017 est un roman-feuilleton, publié en exclusivité sur The Flares.
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Cet article a été écrit par :

Marc G.

Né en pleine Guerre du Golfe, j’ai construis mon imaginaire en regardant des films comme Predator, Alien ou encore Terminator. J’ai basculé dans la science-fiction militaire, non pas grâce à un film ou à un livre, mais grâce à un jeu : « Halo : Combat Evolved », sorti en 2001. Si vous aimez les histoires percutantes, violentes et menées tambour battant par des personnages hauts en couleurs, bienvenu dans mon univers, où le space-opera grandiloquent côtoie le techno-thriller angoissant…

1 Commentaire
  1. Sylvain P. 12 mois Il y a

    Suspens!!! Arghhhhh 🙂

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