Warlord-017 // #06 : La Fumée

Vous lisez l'épisode 8/10 du roman feuilleton Warlord-017

 //// La Fumée ////

< 17 Novembre 2025 // 13:00 — Frontière Ouest de la Zone Européenne >

Nous étions déjà à 25 minutes de « route » et la distance entre notre Mécha et le Mur se réduisait à vue d’œil. Sur le siège du copilote, Terrance somnolait, yeux fermés.

5 minutes après le départ, il avait demandé à faire un petit somme. Je l’avais autorisé à faire sa sieste, car sitôt le mur franchi, j’aurais besoin de lui au maximum de ses capacités.

Mon indicateur radio personnel clignota. Je basculais mon contacteur sur « À l’écoute » et une voix grésilla dans mon casque.

<JNS> Marc, j’ai besoin de toi là-haut.

<MRC> Roger, je monte.

Par acquit de conscience, je donnais un coup d’œil dans mon épiscope et balayais brièvement la campagne environnante : elle était d’une verdure aussi morne que banale, uniquement balafrée par l’asphalte défoncé de la RE40.

Rien en vue. Ce qui, de ce côté du Mur, était plutôt normal (et rassurant).

Je m’écartais de l’épiscope et passais mon bras au-dessus de la console centrale. De mon poing ganté, j’envoyais une bourrade dans l’épaule de mon copilote.

— Debout princesse, fin de la sieste.

Terrance remua les épaules puis releva la visière de son casque (et les paupières), non sans rester avachi dans le fond de son siège.

— Keskiya ? grommela-t-il d’une voix ensommeillée
— Le pacha veut me voir, faut que je monte, continuais-je en débouclant mon harnais.

À ces mots, TJ se redressa prestement. Il cligna des yeux, resserra les sangles de son harnais et prit en main les manettes.

— C’est bon Major, j’ai les commandes.
— Parfait. À tout de suite.

Je m’extrayais de mon siège et grimpais l’échelle. D’un coup sec, je fis pivoter le verrou de la trappe médiane.
Du coin de l’œil, je vis TJ faire une courte annonce sur la radio du bord :

<TRC> Le copilote aux commandes.

À l’aide d’une traction, je rejoignis la partie supérieure de l’Ogre.


Roxane était assise en travers de son siège, adossée à son écoutille. Les rangers et le casque négligemment posés sur une de ses consoles.

Elle avait branché des écouteurs sur son terminal personnel et écoutait de la musique d’une oreille, le regard plongé dans une succession de clichés satellites et de relevés radar qui défilaient sur ses multiples écrans.

— Alors Major, on vient se dégourdir les jambes ? me demanda-t-elle d’un air mutin en me voyant passer à côté de son compartiment.
— Ouaip, mais pas avec toi, lui répondis-je avec un demi-sourire, avant d’attraper l’échelle permettant de grimper vers le compartiment du Commandant.

Sa seule réponse fut une moue boudeuse, en tirant furtivement la langue.

Une vraie gamine, soupirais-je intérieurement en secouant légèrement la tête.

Le Commandant n’était pas à son poste, en revanche sa trappe supérieure était ouverte : il était donc sur le toit du Mécha.
L’écoutille vers le compartiment d’artillerie était ouverte et j’y apercevais les frères Adalrik. Niels avait les yeux rivés dans ses optiques et scrutait avec attention la campagne environnante. Olaf quant à lui, ronflait comme un sonneur de cloches, profondément enfoncé dans son siège, le menton posé sur son imposant poitrail.

De la vigilance sans faille de notre tireur dépendait notre sécurité, pourtant je sentais Niels particulièrement tendu.

— Dé-stress Niels, on n’a pas encore franchi le Mur, lui lançais-je en passant la tête par l’écoutille, avant de rentrer dans son compartiment.

Il me jeta un coup d’œil et respira un grand coup.

— Désolé Major. C’est ce que, ça fait presque 2 mois qu’on n’est pas parti sur le terrain, alors je suis un peu à cran. L’inactivité ça émousse les réflexes, ce genre de trucs.
— Relaxe, ça va bien se passer. Jusqu’à ce qu’on ait récupéré Monsieur Pullitzer, c’est une mission de routine. Garde tes forces pour l’après, le rassurais-je avec un sourire et un signe du pouce.
— Ouais, vous avez raison Major, j’vais essayer de me calmer.
— Parfait. Je suis là-haut avec le pacha, on n’aura pas nos radios, continuais-je en désignant le plafond. En cas de problèmes, t’hésites pas, OK ?
— Compris Major, je surveille la boutique, me répondit Niels avant de retourner à sa veille aux optiques, légèrement moins tendu.

Je lui donnais une tape amicale sur l’épaule et repassais dans le compartiment du commandant, avant de monter à l’échelle permettant de rejoindre le toit du Mécha.


Jonas était assis en tailleur au bord du toit, sa carte plastifiée sur les genoux, un marqueur à la main et le bouchon dudit marqueur aux coins des lèvres.

Après m’être assis à côté de lui, jambes dans le vide et casque posé à mes côtés, je lançais (en français) :

— Docteur Judas Vasko, en voilà une surprise…
Jonas (ou plutôt Judas) poussa un grognement sans pour autant lever les yeux de sa carte.
— Perspicace. Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille ? me répondit-il, également en français.
— Plein de petits détails. Niels a évoqué le fait que vous bossiez chez Rheinmetall. Vous avez un Ausf E. prototype en parfait état de marche et lourdement modifié. Et puis vous avez eu accès à mon dossier complet. Vous saviez que parmi les pilotes d’essai vous êtes un genre de légende vivante ? Je cite, « le roboticien le plus prolifique de ce siècle ».
— Une célébrité dont je me serais bien passé.
— C’est pour ça que vous avez quitté Rhm et que vous vous êtes engagé ?
— En partie oui, le chef du labo m’a aidé à disparaître et j’ai pu rejoindre incognito le 20e Régiment Mécanisé sous mon identité actuelle.
— Donc c’était vous à Sarajevo ? Dans cet Ogre je veux dire, celui que l’on a tous vu à la télé.
— Ouais. Un sacré merdier.
— Impressionnant. Toute l’équipe était avec vous ?

Jonas hocha la tête d’un air grave.

— Je comprends mieux pourquoi ils n’ont même pas rechigné pendant le briefing, continuais-je. Ils vous ont suivis jusqu’en enfer et ils en sont revenus…
— Exactement. Après ça, on a fait le choix de quitter les forces régulières. De toute façon, c’était déjà la fin, les SMP représentaient déjà 50% des effectifs engagés. 8 mois après la Chute de Sarajevo, le Traité de Varsovie était ratifié.
— Vous avez pas mal bourlingué, j’imagine…
— Ouais. Afrique du Sud, Mexique, Nouvelle Californie, Chine, Argentine, énuméra-t-il en s’aidant de ses doigts. Pendant un bon moment, on est allés partout où ça chauffait. Après Sarajevo, ont étaient persuadés que rien ne pouvait nous atteindre, rien ne pouvait nous tuer. Et puis Thomas a eu son gosse et ça nous a fait un choc, à tous. Alors on est rentré en Europe, pour essayer d’avoir des missions plus calmes. Et nous voilà aujourd’hui…
— Les autres sont au courant ? De votre ancienne identité je veux dire.
— Nan, lâcha-t-il en se coinçant une clope de marque allemande au coin des lèvres. À part Thomas, évidemment.

Je lui tendais mon Zippo, pendant que j’attrapais également une Gitane dans mon paquet.

— Merci, continua-t-il. Il était aussi observateur que toi et il n’a pas mis longtemps à découvrir qui j’étais. Il semblerait que Terrance se doute d’un truc, mais il ne m’en a jamais parlé directement. Quant aux autres, je pense qu’ils s’en foutent, acheva-t-il en me rendant mon briquet.
— Vu comme ça… commentais-je en allumant ma cigarette.

Il y eut un instant de silence entre nous deux, rythmé par la démarche du Mécha, l’horizon montant et descendant légèrement à chaque foulée de la machine. L’espace d’un moment, j’eus l’impression d’être de retour à bord d’un sous-marin navigant en surface.

Jonas fit glisser vers moi sa carte de la Zone. Il y avait reporté le trajet établi par Terrance jusqu’au Point de Passage 15.

— Alors, par où on passe ? demandais-je.

Son doigt épais suivit le tracé de la E40 jusqu’à la ville de Lviv, où une petite zone de la carte était hachurée.

— On fera un premier arrêt à l’Enclave de Lviv. Après quoi on continuera la E40 sur encore 250km pour rejoindre l’Enclave de Jytomyr.
— Ce qui nous amènera en limite du territoire contrôlé par la Coalition, soulignais-je.
— Exactement, tu as bien fait tes devoirs, commenta-t-il avec un sourire. Une fois dépassé Jytomyr, on sera en territoire contesté et il faudra redoubler de prudence. Notre contact n’a pas précisé où il nous attendait à Kiev, pour des raisons de sécurité, j’imagine, mais j’ai déjà ma petite idée.
— De toute façon, ce n’est pas comme si un reporter célèbre et toute son équipe ça passait inaperçu, fis-je remarquer d’un ton sarcastique.
— Tu as raison, dans le pire des cas on demandera aux locaux et…

CLANG

Nous fûmes interrompus par le bruit sourd d’une écoutille frappant le toit du Mécha. Celle de Niels venait de s’ouvrir d’un coup et immédiatement après, son propriétaire en jaillit comme un diable de sa boîte.

— Pacha, XO, j’ai quelque chose en visuel, dit-il brusquement.

Vu le ton de sa voix et l’expression mortellement sérieuse de son visage, pas de doutes, c’était du sérieux.
J’attrapais la paire de jumelles qu’il me tendait.

— Par Est Sud-Est, dans mon axe, continua-t-il en tendant le bras vers le Mur.

Les yeux rivés sur les optiques, je fis la mise au point et il ne me fallut pas longtemps pour voir ce qui avait alerté Niels : au-dessus du Mur, pile sur notre route, une colonne de fumée noire était en train de se former et de s’épaissir. Pour le coup j’étais admiratif : Niels avait de vrais yeux de rapace.

Je passais les jumelles à Jonas, tirait une dernière bouffée sur ma cigarette et balançait cette dernière par-dessus bord.

— De la fumée, colonne en formation, c’est récent. 7 kilomètres environ, sur notre route, commentais-je.

Le Commandant se saisit des jumelles et fronça les sourcils presque immédiatement. Au bout d’une poignée de secondes, il baissa les jumelles et lâcha sèchement :

— Niels, à ton poste. XO, le branle-bas. Schnell !

Niels attrapa la poignée de son écoutille et retourna à l’intérieur du Mécha en la verrouillant derrière lui.

Quant à moi, j’attrapais mon casque et je me laissais glisser le long de l’échelle menant au poste du commandant.

De mon passage dans la Marine, j’avais gagné au poker un sifflet de bosco en argent. Je passais ma main sous mon gilet et ma chemise, attrapais la chaîne, puis portais l’instrument à mes lèvres.

Un long sifflement, grave au début puis de plus en plus aigu, se répercuta sur les parois du Mécha, couvrant tous les bruits ambiants.

Juste à côté de moi se trouvait un talki branché sur la radio de bord, qui permettait au commandant de communiquer avec le bord sans forcément devoir utiliser son casque. J’enfonçais le bouton d’appel général.

Branle-bas de combat, ce n’est pas un exercice ! Tous les hommes à leur poste, verrouillez les écoutilles !

 


Warlord-017 est un roman-feuilleton, publié en exclusivité sur The Flares.
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Cet article a été écrit par :

Marc G.

Né en pleine Guerre du Golfe, j’ai construis mon imaginaire en regardant des films comme Predator, Alien ou encore Terminator. J’ai basculé dans la science-fiction militaire, non pas grâce à un film ou à un livre, mais grâce à un jeu : « Halo : Combat Evolved », sorti en 2001. Si vous aimez les histoires percutantes, violentes et menées tambour battant par des personnages hauts en couleurs, bienvenu dans mon univers, où le space-opera grandiloquent côtoie le techno-thriller angoissant…

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