Warlord-017 // #03 : Le Contrat

Vous lisez l'épisode 4/10 du roman feuilleton Warlord-017

//// Le Contrat ////

De l’autre côté du mur en contreplaqué nous parvenaient les éclats de voix de Kovacs en train de passer le savon du siècle à Roxane. Terrance et moi nous nous regardâmes d’un air entendu.

— Il gueule toujours aussi fort le Lieutenant ? demandais-je en désignant le mur d’un geste du pouce.

— Ah ça… soupira Terrance, il vaut mieux pas lui pisser sur les bottes…

— J’en prends bonne note. C’est ma tenue ? continuais-je en regardant le tas de vêtements sur la table.

Terrance contourna prestement la table pour se mettre de l’autre côté.

— Exactement Major ! Tenez, commencez donc par l’uniforme de base, répondit-il en poussant dans ma direction une première pile d’étoffes.

Tee-shirt épais, chemise et pantalon de treillis de couleur grise, similaire à ce que portait la majeure partie des mercenaires que j’avais pu croiser jusqu’ici. Initialement, c’était un moyen de se distinguer des troupes régulières, plus portées sur le camouflage. Et malgré la disparition de la quasi-totalité des forces armées, la tradition était restée.

J’appréciais la qualité du tissu et de la coupe avec une moue admirative.

— Tout est à ma taille, remarquais-je, sincèrement impressionné.

— Le Lieutenant m’a transmis votre dossier médical, à partir de là j’en ai déduit vos mensurations, répondis Terrance

— T’es en charge de l’habillement de la compagnie ? Voilà qui est original.

— Et pas que Major ! Je fais également cordonnier et cuistot ! Puisqu’on parle de chaussures…

Il posa sur la table une paire de bottes au look agressif et bardées de métal de la pointe au talon.

— Wow ! Sacrées bestioles ! C’est les fameuses bottes de combat dont j’ai tant entendu parler ?

— Exactement Major. Botte de combat standard, à destination des équipages de Mécha uniquement. Semelle avec plaque d’acier et antidérapante même sur hydrocarbures, coque d’acier entourant le pied. Cuir, doublé cuir, fermeture par boucles et fermeture éclair. 2 kg par pied.

— Tout un programme… Et confortable en plus, de vrais chaussons, commentais-je en les enfilant. Mes premières bottes de pilote étaient de simples rangers de l’armée allemande. Pile la bonne pointure avec ça, bravo, TJ.

Ce dernier se tapota l’arrête du nez d’un air docte.

— Merci Major. Même après le départ de mon père pour les US, j’aidais ma mère dans son magasin de vêtement. Je suis content de voir que je n’ai pas perdu la main.

— Huhum. C’est tout ?

— Oh que non ! Tenez, répondit Terrance en attrapant un sac marin (très similaire au mien, bien que celui-là était frappé de l’écusson de la Bundesmarine), de dessous la table, avant de le poser lourdement sur cette dernière.

J’attrapais la sangle et soupesais le tout : le poids non négligeable du sac me fit hausser un sourcil d’étonnement. Je fis glisser la fermeture et d’un geste mesuré j’extrayais du sac un curieux objet.

Je tenais dans les mains ce qui ressemblait à une intéressante combinaison entre un gilet tactique militaire et une veste pour pilote d’hélicoptère de combat, masque à oxygène inclus.

— Gilet anti-flak, conçu par votre serviteur. Les inserts de titane-carbure vous sauveront probablement la vie en cas d’éclat dans l’habitacle, ou si l’on vous tire dessus avec un fusil d’assaut classique. On n’a pas eu l’occasion de le tester avec des grenades, mais en théorie, les éclats standards seront arrêtés.

— Quelles sont les chances que l’on me tire dessus avec des armes classiques et qu’on me lance des grenades standards ? questionnais-je, d’un air amusé, tout en commençant à enfiler mon gilet.

— Faible Major, j’en ai peur, répondit TJ avec un ricanement. Les milices locales ont très souvent des armes magnétiques — artisanales ça va sans dire — et la Coalition à laissée derrière elle suffisamment de grenades à fusion pour envahir une troisième fois l’Afrique du Sud.

— Bien ce que je pensais, concluais-je avec terminant d’ajuster les sangles. Un holster pour arme de poing était attaché à la ceinture et je remarquais qu’une arme y était d’ores et déjà rangée. Je sanglais l’holster au niveau de ma cuisse droite et d’un geste souple, je fis sauter la lanière de cuir qui retenait l’arme.

Un Colt 2911. Visiblement modifié à partir d’un 1911 classique. L’accélérateur magnétique fixé dans le prolongement du canon donnait un look encore plus agressif à une arme qui n’en avait pas vraiment besoin. D’une pression, je libérais le chargeur et jetais un coup d’œil aux munitions ; la couleur argentée des douilles et la forme des ogives confirmèrent ce que je supposais déjà : des munitions à masse creuse et à douille en titane. 10 cartouches. Du bon matos.

J’actionnais la culasse pour chambrer une munition, vérifiant le mécanisme au passage, j’actionnais la sécurité et rengainais d’un geste sec.

— Satisfait Major ? demanda TJ, adossé au mur, bras croisés et sourire aux lèvres.

— Oh que oui ! confirmais-je d’un geste du pouce et d’une moue admirative.

— Bien. Vu que vous étiez mécanicien naval avant, j’imagine que vous avez gardé vos gants ?

— Exactement. Un instant…

J’attrapais mon propre sac marin pour en extraire quelques objets : Une paire de gants en cuir beige, un paquet de gitanes sans filtre, un Zippo à essence et un couteau de combat. Curieux, Terrance attrapa les gants et commença à en examiner la doublure.

— « 2nd Armored Division, US.ARMY », on a un ancêtre américain Major ?

— Nan, répondis-je une gitane coincée au coin des lèvres. D’un coup de Zippo, je libérais une flamme jaunâtre et allumais ma cigarette. Mon grand-père les a gagnés au poker en 45, pendant la Campagne d’Allemagne, continuais-je en lâchant un trait de fumée.

— Ah, je comprends mieux. Et celui-là ? Vous l’avez gagné au poker aussi ? demanda TJ, curieux, en désignant le couteau.

— Ouaip, un KA-BAR de Marine américain. Gagné en escale à Djibouti, commentais-je en lui tendant l’étui.

Pendant qu’il sortait la lame de son fourreau pour l’observer sous toutes les coutures, j’en profitais pour récupérer mes gants et les passer à ma ceinture. Mes cigarettes et mon briquet atterrirent dans une des nombreuses poches de mon gilet (en espérant que j’arrive à me souvenir laquelle) et j’insérais ma CIM dans un compartiment plastifié prévu à cet effet. Ainsi placée elle était clairement visible (et à peu près lisible).

— Vous êtes bon au poker Major ? demanda TJ, d’un air légèrement inquiet.

— Redoutable, lâchais-je sobrement en tendant la main pour récupérer mon couteau.

— Merde, siffla Terrance en me rendant mon arme. Donc ce n’est pas avec vous que j’améliorerais ma solde…

— Navré TJ, répondis-je avec un demi-sourire, tout en attachant l’étui à mon gilet, manche du couteau vers le bas

Quelqu’un frappa trois coups sourds à la porte.

— Eh les filles ! Vous avez fini avec la salle de bain ? C’est bientôt l’heure du briefing ! lança Roxane, de l’autre côté du battant.

— On arrive Rox’, on vient de terminer ! clama Terrance. Venez Major, ne faisons pas attendre le Lieutenant.


— Te voilà fort en beauté Marc ! Cette tenue te va à ravir ! lança Kovacs alors que TJ et moi revenions dans la pièce principale.

Une table en fer avait été tirée depuis un coin de la pièce et placée au milieu des lits superposés. Dessus, on avait étalé une carte, que je devinais être celle de la Zone Européenne. La carte était constellée d’inscriptions au feutre, d’empreintes de scotch et de traces de punaises. En passant j’écrasais ma gitane, à moitié fumée, dans un cendrier posé sur le dessus d’un lit.

— Merci Lieutenant. TJ à fait de l’excellent travail. Pour un peu, j’aurais presque l’impression de porter un costume fait sur mesure.

Je rejoignis le lieutenant de son côté de la table et me plaçait à sa droite, nos quatre équipiers étant de l’autre au côté. Tous avaient enfilé leurs tenues complète, plus ou moins personnalisée. Seul Kovacs n’avait pas encore mis son gilet, qui était posé sur la table (et qui servait à caler un coin de la carte par la même occasion).

— En voilà un couteau qu’il est sympa Major. Où c’est qu’vous l’avez trouvé ? demanda Olaf.

— Poker, répondis-je, sobrement

Je vis distinctement Niels me regarder d’un air intéressé.

— N’y pensez même pas Niels. D’abord parce que vous perdriez, ensuite parce que je ne mettrais jamais mon couteau en jeu, continuais-je.

Il eut tout de même un fin sourire.

— Même bourré, complétais-je, pour lui ôter tout espoir.

Il eut une moue boudeuse et déçue, tandis que son frère se retenait de rire. Même Roxane et Terrance eurent un léger sourire.

— Messieurs, dame, pouvons-nous commencer ? trancha Kovacs, d’un air amusé.

Nous hochâmes tous la tête.

— Bien. Je vous présente le photographe-reporter de CNN, Jean-Jacques Kosinsky, commença le lieutenant en affichant un visage sur son terminal, posé sur la table.

— Il a typiquement la gueule de ces photographes qui ont gagné un Pulitzer avec un article à la con sur l’Afghanistan et une photo tire-larme retouchée à mort, commenta Roxane, d’un air amer.

— Tu ne crois pas si bien dire Rox’, continua le lieutenant. Kosinsky n’a pas un, mais trois Pulitzer à son actif. Dont deux pour la huitième guerre d’Afghanistan.

— Qu’est ce que j’disais… ajouta Roxane d’un mouvement de bras exaspéré.

— C’est quoi le plan boss ? demanda Niels. On lui fait faire un p’tit tour en rase campagne, il prend trois photos de villes en ruines et de civils en détresse, pis on l’ramène ?

— Pas vraiment. Notre ami photographe a été lâché par les précédents mercenaires qu’il avait engagés. Il est actuellement à proximité de Kiev et il nous attend. On le récupère là-bas et on l’escorte avec son équipe de reportage jusqu’à Donetsk, ensuite on revient, répondit Kovacs en désignant les différentes destinations sur la carte.

TJ émit un long sifflement.

— Eh beh. On va traverser toute l’Ukraine dans un sens puis dans l’autre, le tout en escortant des véhicules ? L’ami photographe à intérêt à aligner les zéros sur le chèque, ajouta-t-il.

— Il nous a déjà réglé le premier quart du contrat : 1,7 million, directement versé sur le compte de la société. Le deuxième quart quand on le rejoint à Kiev, la dernière moitié quand on le ramène au bercail, confirma le lieutenant avec un hochement de tête.

Nous nous regardâmes tout les cinq, abasourdis : presque 7 millions pour l’ensemble du contrat. C’était une sacrée somme d’argent. Même pour escorter un journaliste et son équipe. C’est finalement Olaf qui rompit le silence :

— Après ça, je veux deux semaines de vacances aux Bahamas, lâcha-t-il, sans omettre de préciser en levant un doigt autoritaire : aux frais d’la boîte.

Sa réflexion déclencha des rires brefs autour de la table, y compris de la part du lieutenant.

— Va pour les Bahamas alors, répondit Kovacs dans un large sourire. Vous l’aurez bien mérité.

Pendant qu’ils planifiaient leurs prochaines vacances avec force commentaires, j’étudiais attentivement la carte et commençais déjà à réfléchir à un tracé. Finalement, je posais une question qui me parut ô combien vitale :

— Hum. Je ne suis pas très au fait des spécificités de la Zone Européenne mais comment fait-on pour le carburant ? Le W16 est un moteur gourmand : 390-400 L au 100 km, sur route. À petite vitesse sur route, disons 50 km/h, je peux le faire descendre à 325, mais guère plus. Ce qui nous laisse 450-460km d’autonomie. Kiev est à, au bas mot, 650 km.

— Tu as raison Marc, répondit Kovacs.

Il pointa sur la carte deux cercles hachurés au marqueur noir. L’un à 100 km de la frontière Pologne-Ukraine. L’autre à mi-chemin entre le premier cercle et Kiev.

— Ces deux petites zones sont des Enclaves. Des DMZ en plein cœur de la Zone Européenne, si tu préfères. On pourra faire le plein de carburant là-bas. En étant sur nos gardes, certes. Il n’y a pas toujours que des gens honnêtes dans ces coins-là, continua-t-il.

— Parfait. On part quand ?

Kovacs m’adressa un franc sourire et regarda sa montre, à aiguille comme la mienne.

— Dans 2 h. Roxane et moi, on va aller remplir les papiers et prévenir le Contrôle qu’on va avoir besoin d’une fenêtre de lancement. TJ, prépare nos bardas et les vivres. Olaf, Niels, accompagnez Marc jusqu’à la tour et montrez-lui la Bête.

 


Warlord-017 est un roman-feuilleton, publié en exclusivité sur The Flares.
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Cet article a été écrit par :

Marc G.

Né en pleine Guerre du Golfe, j’ai construis mon imaginaire en regardant des films comme Predator, Alien ou encore Terminator. J’ai basculé dans la science-fiction militaire, non pas grâce à un film ou à un livre, mais grâce à un jeu : « Halo : Combat Evolved », sorti en 2001. Si vous aimez les histoires percutantes, violentes et menées tambour battant par des personnages hauts en couleurs, bienvenu dans mon univers, où le space-opera grandiloquent côtoie le techno-thriller angoissant…

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