Vers la fin des compétences ?

L’émergence puis le développement de ce que l’on appel la troisième révolution industrielle (liée aux nouvelles technologies d’informations et de communications) a précipité beaucoup de secteurs d’activités économiques dans une nouvelle ère. Le rapprochement des individus à travers de nouvelles plateformes numériques a entraîné beaucoup de possibilités que peu de gens ont vu venir. C’est souvent le cas avec internet. Mais aujourd’hui, on est en droit de se poser la question de savoir si la généralisation des relations de particulier à particulier n’entraîne pas la fin des compétences.

Je m’explique. Vous êtes sûrement au courant que vous pouvez via des applications obtenir des services sans passer par le secteur professionnel. Avec le site AirBnB, vous avez la possibilité de dormir chez une personne louant son appartement pour une ou plusieurs nuits. Avec l’application Uber, vous pouvez obtenir un “chauffeur particulier” qui vous conduira là où vous le souhaitez, ou encore avec Blablacar, vous pouvez partagez les frais sur un trajet. Les avantages sont multiples : Confort, prix , proximité, temps etc. Tout cela en court-circuitant les réseaux professionnels à savoir les hôtels, les taxi ou encore les bus inter-cité.

Okay, pas de soucis. Après tout, les particuliers ont bien le droit de s’échanger des services. Mais voilà, est ce que tout cela ne pose t-il pas un problème de compétence lié, justement, à la valeur professionnelle d’un domaine. Prenons les établissements hôteliers. Ils possèdent des mesures de sécurité à la pointe (extincteurs, détecteurs incendies, procédures d’évacuations), des accès handicapés, des salariés diplômés (femmes de ménages, serveurs, cuisinier). Et toutes ces compétences sont mise à disposition du client. Dans une relation de particulier à particulier, vous n’avez peu voir rien de tout cela. N’importe qui peu mettre en location son appartement pour une nuit, sans en avoir les compétences. Mais vu que le prix est vraiment abordable, la demande explose et on a donc une concurrence déloyale. Sans parler des abus qui deviennent un vrai problème dans nos villes. Certain propriétaire achète une propriété rien que pour la faire louer via AirBnB lui garantissant plus de revenu. Mais que dire à la famille ou au jeune étudiant qui recherche désespérément un appartement au centre ville ? Est ce qu’on va se retrouver avec l’impossibilité de vivre au cœur de nos capitales car tous les appartements seront réservés aux touristes particulier à particulier ?

Si on prend Uber, on se rend compte que le problème est le même. Un chauffeur de taxi professionnel et diplômé, se retrouve en concurrence avec le premier venu qui décide de devenir chauffeur Uber. Tout ce qu’il a à faire c’est acheter un GPS et c’est parti je facture moins cher la course (j’exagère un peu le trait … enfin j’espère).

Donc aujourd’hui, n’importe qui peut devenir chauffeur de taxi, hôtelier, commerçant voir même restaurateur. Il y a donc, avec ce type d’échange, une mise en question du savoir faire et de la compétence. En gros, n’importe qui peut être compétent sans faire les formations requises.

Si on fait un bond dans les prochaines années, je ne serais pas surpris de voir beaucoup plus de service, tomber dans le particulier à particulier, via des applications. Imaginer un petit peu. Coiffeur, cuisinier, mécanicien, bricoleur, jardinier, photographe etc. Jusqu’où ça s’arrêtera avant qu’on exige quand même une certification professionnelle. Je veux bien me rendre sur un site pour trouver un mécanicien qui viendra me réparer ma voiture 3 fois moins cher qu’un garage professionnel, mais est ce que je serai sûr de ses compétences sachant que n’importe qui pourrait se déclarer “mécanicien” ou “peintre en bâtiment” ?

Je pense qu’il est important de réguler ces systèmes d’échanges car ils peuvent entraîner des problèmes de taille. Si on prend l’éducation par exemple, on peut très bien se dire qu’on peut éduquer nos enfants uniquement via des cours privés avec des “professeurs particuliers” et donc plus besoin de les envoyer à l’école. Chacun est libre de faire ce qu’il veut mais l’éducation nationale possède quand même des professeurs ayant passé des diplômes, étudié de longues années, été agréé à enseigner. Il y a une compétence derrière qui n’est pas forcément garantit avec une personne qui s’improvise enseignant.

Donc après, c’est la porte ouverte à tout. On peut carrément imaginer un type passionné par la médecine qui viendra examiner des gens de particulier à particulier. Est ce qu’il sera compétent ? Ou encore prendre l’avion avec un pilote qui n’a pas passé toutes les formations, ou se faire opérer de l’appendicite directement chez le voisin qui a regardé un tuto sur le net. Après tout, c’est moins cher !

On vit dans un monde où l’on peut presque tout apprendre sur internet. Youtube est devenu la foire aux formations. Apprendre à faire la cuisine, réparer la plomberie, fabriquer une véranda et c’est très bien, ce n‘est pas là le problème. Là ou c’est plus délicat, c’est en venir à faire appel à des gens qui se sont formés tout seul, dans des métiers qui nécessite une expertise et des compétences spécifiques.

Tout cela élargit le capitalisme dans une espèce d’hyper libéralisation. Je cite ici les propos de Charles Antoine Schwerer :”L’économie du partage est marchandisée. Blablacar, Airbnb etc, ont créé un nouveau modèle ultra-compétitif parcequ’un particulier utilise sa propriété personnelle (voiture et logement principalement) pour fournir un service payant à un autre particulier (conduite et hébergement en l’occurrence) […] ces innovations technologiques font émerger de nouveaux services qui étendent la sphère marchande à des îlots de gratuité ou d’informalité. On monétise maintenant l’autostop, l’échange de logement et le partage de conduites. Ces pratiques ont accédé à l’ampleur d’un marché et impliquent désormais une transaction financière. L’idée se répand dans tous les secteurs, le client scanne ses articles et remplace la caissière, rempli son réservoir d’essence et se substitue au pompiste, sélectionne sa place dans l’avion et court-circuite le tour opérateur. Le numérique pousse la logique au maximum : des particuliers créent un service (pour Airbnb ou Blablacar), un contenu (pour Youtube ou Facebook), un produit (pour les applications Apple) que la plateforme va monétiser. »

Il faut donc faire attention de ne pas laisser trop de secteur se répandre dans du particulier à particulier où on risque de se retrouver avec une baisse significative des compétences et du savoir faire. Points cruciaux pour faire perdurer une civilisation.

Inspiré par : http://www.franceculture.fr/emissions/repliques/faut-il-avoir-peur-du-monde-qui-vient

Pour aller plus loin...

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Cet article a été écrit par :

Gaëtan

Lorsqu’à 10 ans, j’ai vu le film « Matrix » : BOOOM ! Science-fiction + cinéma, voilà le combo qui m’a motivé à faire du storytelling, une part centrale de ma vie. Depuis, je n’ai cessé d’écrire et réaliser des courts métrages en explorant plusieurs formats, genres et approches. Je réalise aujourd’hui que le questionnement sur la nature de la réalité se retrouve dans presque tous mes projets, mais j’ai également la volonté de donner ouvertement à penser. Les questions sont souvent plus importantes que les réponses et je compte bien continuer à en poser plein … surtout concernant l’avenir !!!

2 Commentaires
  1. Thomas
    Thomas 1 année Il y a

    Je pense que ce n’est pas « il ne faut pas laisser trop de… »,mais plutôt il faut faire en sorte que le système change pour améliorer les services qui ont été uberisés , et en faire de vrais services nationaux qui fonctionne sur une autre logique économique. Car l’uberisation, tant qu’on reste dans le système libéraliste actuel, est inévitable, et probablement encouragée côté gouvernement. Est-ce qu’on voit des amélioration côté transports ? Non, tout est fait pour rendre nécessaire et accessible les solutions de marchandisation inter-individuelles.
    Pour prendre l’exemple de Blablacar, que j’utilise, quelle est l’alternative ? Là où j’habite, le TGV ne passe pas, et le train met 7h pour faire 350km, à coup de TER et de correspondances. L’autre alternative est le bus, qui est lui aussi privé, avec des chauffeur sur l’horaire, payés une misère. Alors que le train serait ce que veut la logique écologique qu’on nous vent hypocritement, mais pour laquelle on ne met pas les moyens.
    Pour Uber, là encore, si les transports publics étaient plus efficaces, plus nombreux, plus financés et moins privés – et donc dans une logique de marché – n’y aurait-il pas un renversement de la tendance ?
    Pareil pour AirBnB, où sont les alternatives publiques et abordables ?
    Je pense que le problème est surtout politique, du coup, et à a voir avec la direction dans laquelle va notre gouvernement, l’Europe, le monde. Sans changement de ce côté là, bah voilà quoi.

  2. Gaëtan Auteur
    Gaëtan 1 année Il y a

    Tout à fait, il faut réguler cette uberisation du monde pour éviter des dérives. Malheureusement, les politiques n’apportent aucune réponse ou alors, ils décident d’opter pour la faciliter comme à Berlin ou la ville a décidé d’interdire AirBnB pour concurrence déloyale à l’hôtellerie. Plus facile et économique d’interdire plutôt que de trouver des solutions de régulation. Ce qui est dommage c’est que la gratuité disparaît de plus en plus. Je me demande également quels seront les autres secteurs à s’uberiser. Je ne serai pas étonné de voir des applications proposant de manger chez les gens (restauration) et au final, on peut se poser la question de savoir si, dans un futur hypothétique ou X métiers sont uberisés, est ce que le diplôme aura encore une importance ? Est ce que cela vaudra la peine d’étudier pour se professionnaliser dans un métier qui est uberisé à outrance ?

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