L’univers casanier

Récemment sur ce site, j’ai lu un texte de Gaëtan qui nous proposait une solution originale au paradoxe de Fermi. Cela m’a fait penser à une autre que j’aimerais développer ici.

Le paradoxe de Fermi ? On donne ce nom à une question posée par le physicien italien Enrico Fermi (1901-1954) : quelqu’un lui ayant affirmé qu’une vie extra-terrestre existait certainement, il répondit « Mais où sont-ils ? ».

Cette boutade signifie que, vu l’âge canonique de l’univers (13,7 milliards d’années), le nombre énorme d’étoiles qu’il contient (au minimum 10 puissance 22), et le temps très court que l’intelligence prend pour émerger à partir d’une vie animale (100.000 ans pour l’être humain par exemple), alors il devrait y avoir pléthore d’empires galactiques du genre de celui de Star Wars.

Surtout, ces civilisations auraient eu largement le temps de parvenir jusqu’à nous. Même les immenses distances à franchir pour coloniser une galaxie ne sont pas un problème : si un peuple peut se déplacer à seulement 10% de la vitesse de la lumière, il lui faudrait quelques millions d’années tout au plus pour occuper toute la Voie lactée.

Donc, pourquoi nous les humains n’avons-nous encore rencontré personne ?

Certains règlent le problème en expliquant que si on ne voit pas d’extra-terrestres, c’est qu’ils n’existent pas. Un peu facile, non ? Car il y a d’autres possibilités.

Et là je pose cette question :

Et si les extra-terrestres n’étaient jamais venus à nous parce qu’ils n’ont pas besoin de quitter leur système planétaire d’origine ?

Vous suivez toujours ? 🙂 Alors développons.

Notre présupposé, à nous qui sommes marqués par la culture occidentale, est qu’une espèce intelligente va « forcément » chercher à étendre son emprise toujours plus loin, comme les états européens l’ont fait sur le continent américain à partir du XVIème siècle par exemple. Ils étaient motivés pour deux raisons : la surpopulation et la recherche de ressources économiques.

Pourtant, leur faible taux de natalité actuel montre que la surpopulation n’est pas inéluctable, bien au contraire.

Mais surtout, si malgré tout un jour la place vient à manquer sur terre, pourquoi chercher forcément une autre planète habitable autour d’une autre étoile ? Pourquoi ne pas habiter l’espace lui-même, dans des vaisseaux spatiaux géants, où les conditions favorables à la vie seront tellement plus faciles à reconstituer ?

Car pour être habitable ou susceptible de le devenir après terraformation, une planète doit répondre à un nombre effarant de critères : sa gravité ne doit être ni trop faible, sinon l’atmosphère s’échappe, ni trop forte (les colons refusent de s’y installer !), elle doit disposer d’un champ magnétique naturel pour se protéger des particules émises par son étoile, elle doit être à la bonne distance pour n’être ni trop chaude ni trop froide, elle doit disposer d’un satellite naturel de grande taille, faute de quoi son mouvement devient chaotique, son relief doit permettre la présence de grande quantité d’eau mais aussi de zones élevées qui surnagent (les continents), etc.

Au contraire, une « nef » artificielle permet de reconstituer un environnement à la carte. On choisit la température et la pression que l’on veut, et même la gravité si l’on maitrise cette force. Du coup, le ou les états apparus sur une planète extra-terrestre pourraient très bien se contenter de rester dans leur berceau d’origine.

Par ailleurs, quid de l’expansion pour raisons économique ?

A vrai dire, il suffit d’une petite planète riche en métaux, comme Mercure, et d’une planète géante riche en hydrogène, comme Jupiter, pour avoir une quantité à peu près infinie de matériaux de construction et d’énergie via la fusion nucléaire. Alors pourquoi aller chercher tout cela dans d’autres systèmes planétaires si on en dispose à domicile ? Bref, à quoi bon conquérir la galaxie, surtout si l’entreprise demande du temps et des moyens considérables ?

Du coup, cantonnés près de leur étoile pour l’éternité ou presque, nos lointains cousins seraient pour le moment indiscernables, du moins jusqu’au jour où des télescopes puissants permettront peut-être de distinguer leurs habitats.

Et ce jour-là, passée la surprise de la découverte, nous nous rendrons peut-être compte que, finalement, nous aussi n’avons pas besoin d’eux, et qu’il est donc inutile de voyager des millénaires pour aller les voir…

Pour aller plus loin...

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Cet article a été écrit par :

Jean-Luc Durand est né en 1976. Il est consultant en informatique, papa accompli, accro au chocolat au lait, à Wikipedia, et fan d’histoire, de linguistique et de science-fiction. Il est l’auteur des blogs Mondes Alternatifs (http://mondesalternatifs.com) et jeanlucdurand.com, et écrit également des nouvelles. Son rêve ? Connaitre notre avenir lointain. Sa méthode pour y arriver ? Lire et partager ses réflexions avec tous ceux que le futur passionne.

2 Commentaires
  1. Thomas
    Thomas 1 année Il y a

    C’est horriblement réaliste 🙂
    Ça me fait penser à ces épisodes d’une émission sur Youtube (Dirty Biology), sur comment envoyer l’humanité dans l’espace, et qui concluait que ce n’était pas possible en l’état, ni dans le futur, tant qu’on aurait pas une bonne raison d’y aller. Et on n’en a pas, actuellement.

  2. Gaëtan
    Gaëtan 1 année Il y a

    Oui effectivement c’est une solution intéressante. On se rend bien compte que la vie organique multicellulaire a quand même pas mal de problème dans l’espace. Et si un jour on arrive à évoluer à peu près bien dans le vide spatial, on a de quoi faire dans notre propre système entre l’extraction minière des astéroïdes, la terraformation de Mars et autre ou encore l’exploitation de l’énergie du soleil. Une raison peut être, d’une expansion galactique serait la menace sur la planète d’origine qui force la population a fuir le système.

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